Dans un podcast, le politologue américain Robert Pape tire la sonnette d’alarme. «Ce seront les élections les plus violentes de notre vie», prévient-il à l'approche des élections de mi-mandat de novembre. Il dirige le Chicago Project on Security and Threats (CPOST) de l'Université de Chicago, un centre de recherche consacré à la sécurité nationale et à la violence politique.
Invité ce week-end du podcast de Chris Williamson, où il s'est exprimé pendant plus d’une heure et demie, Robert Pape défend une thèse claire: les Etats-Unis seraient en train d’entrer dans une nouvelle ère, marquée par un «populisme violent». Contrairement aux épisodes de violence politique du passé, la menace actuelle ne viendrait ni de puissances étrangères ni de petits groupes armés. Elle serait plutôt liée à la banalisation et à l’acceptation croissante de la violence politique dans la vie quotidienne.
100 millions d’Américains favorables à la violence
L’expert avance plusieurs chiffres pour étayer sa thèse. Selon les derniers sondages du CPOST, quelques 100 millions d’Américains seraient favorables à la violence politique. Parmi eux, 65 millions seraient prêts à recourir à la violence pour empêcher Donald Trump de rester au pouvoir à l'issue de son second mandat.
Parmi les personnes partageant cette opinion, 55% auraient en outre précisé qu’elles envisageaient des attaques ciblées à l'arme à feu. A l’inverse, 40 millions d’Américains souhaiteraient que Trump fasse appel à l’armée américaine pour réprimer par la force les manifestations pro-démocratie.
Selon Robert Pape, les quelque 100 millions d’Américains qui seraient favorables à la violence pour atteindre des objectifs politiques se heurtent à une majorité silencieuse, mais celle-ci manquerait de représentants politiques capables de porter sa voix.
Le chercheur réfute par ailleurs l'idée répandue selon laquelle la violence politique serait surtout le fait de personnes peu instruites. Il souligne que, parmi les 1575 personnes poursuivies pour leur participation à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, 45% étaient des chefs d’entreprise, des médecins ou des universitaires.
A gauche, il cite Cole Allen, l'auteur de l'une des deux tentatives d'assassinat de Trump, et Luigi Mangione, accusé du meurtre d'un PDG, comme exemples d'universitaires radicalisés ayant fini par commettre des actes de violence isolés.
Les trois étapes du «piège de l’escalade»
A l'approche des élections de mi-mandat du 3 novembre, Robert Pape a également développé son propre concept, dit de «piège de l’escalade», qui se déploie sur trois étapes:
- Le choc de légitimité: un résultat électoral extrêmement serré amène le camp perdant à considérer la victoire de son adversaire comme illégitime et volée.
- Le point de rupture : lors de la validation officielle du résultat, comme ce fut le cas au Congrès le 6 janvier 2021, la colère accumulée peut déboucher sur des manifestations de masse violentes.
- Une opposition violente persistante : plutôt que de retomber, les tensions persistent et se transforment en une contestation durable et radicalisée du pouvoir en place.
Pour éviter ce scénario, le politologue appelle donc les responsables des deux camps à condamner sans ambiguïté toute forme de violence au sein de leur propre camp. Faute de quoi, la spirale de l’escalade pourrait se poursuivre.