«Une machine à tuer»
Masqué par la guerre, l'Iran intensifie ses exécutions clandestines

L’Iran a exécuté 400 personnes depuis janvier, selon Iran Human Rights. Parmi elles, Vahid Baniamerian, condamné pour appartenance à un groupe interdit, a été pendu en avril, suscitant l'indignation des ONG.
Massoud Pezeshkian, les fils du défunt guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, Massoud et Mostafa, le 14 juillet 2026.
Photo: KEYSTONE
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AFP Agence France-Presse

C'est dans les médias que la famille de Vahid Baniamerian a appris son exécution imminente. Ce professeur de physique pendu début avril fait partie des dizaines de prisonniers politiques victimes, selon des ONG, de la répression en Iran depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis.

«Ils ont été mis devant le fait accompli. Même l'avocat ne le savait pas», raconte à l'AFP un de ses proches depuis l'étranger et sous couvert d'anonymat, décrivant une «personne humble et douce, qui voulait toujours aider».

Il avait été condamné en appel fin décembre 2025 et sa famille attendait une décision de la Cour suprême quand l'exécution a eu lieu. «C'était totalement illégal, même au regard de leurs propres lois répressives», souligne ce proche.

L'homme de 34 ans a été condamné à mort aux côtés de cinq autres prévenus pour appartenance au groupe d'opposition des Moudjahidine du peuple (MEK), interdit en Iran. Tous ont depuis été pendus. Malgré le cessez-le-feu d'avril, les exécutions de manifestants, membres de groupes interdits et espions présumés n'ont pas cessé en Iran. Une tentative des autorités, selon les militants, d'empêcher un nouveau mouvement de contestation massif après celui de janvier.

«Machine à tuer»

Et la récente reprise des hostilités inquiète encore davantage les groupes de défense des droits humains: et si l'Iran accentuait la répression pour mieux réduire la population au silence? «Nous craignons fortement que les autorités exploitent la situation pour intensifier les exécutions de prisonniers politiques», témoigne Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l'ONG Iran Human Rights (IHR), qui recense les exécutions.

Cette association basée en Norvège veut attirer l'attention sur le sujet, et placer la question de la «machine à tuer» iranienne au coeur des négociations pour régler le conflit. «La communauté internationale, l'Union européenne en particulier, doit faire de l'instauration immédiate d'un moratoire sur les exécutions un enjeu central», martèle Mahmood Amiry-Moghaddam.

Depuis le début de la guerre, déclenchée par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, 24 personnes liées aux manifestations de janvier ont été pendues. Les autorités iraniennes les accusent d'avoir commis des attaques meurtrières contre des forces de sécurité ou ciblé des bâtiments publics, mais des ONG dénoncent des procès arbitraires et expéditifs ainsi que des actes de torture.

Téhéran a exécuté 13 autres personnes pour des liens présumés avec des organisations interdites, dont MEK, et dix pour des accusations d'espionnage. Ces cas ne sont que la partie émergée de l'iceberg: quelque 400 personnes ont été exécutées depuis le début de l'année, selon les données d'IHR, la plupart dans des affaires de meurtre ou de drogue. Avec 2150 cas l'année dernière, l'Iran a de nouveau fini deuxième au classement mondial du nombre d'exécutions, après la Chine, selon Amnesty International.

«Tête haute»

Depuis le 13 juillet, des détenus de la prison de Ghezel Hesar, située à Karaj près de Téhéran, protestent contre le nombre élevé de pendaisons dans leur établissement. Des extraits partagés sur les réseaux sociaux par des ONG les montrent assis dans leurs cellules, scandant «Non à la peine capitale».

«Il s'agit de prisonniers ayant commis des erreurs pour subvenir à leurs besoins essentiels, et ils regrettent profondément leurs actes. Où d'autre dans le monde une vie humaine est-elle sacrifiée à la première erreur?», soulignent dans un communiqué consulté par l'AFP les détenus, souvent condamnés dans cette prison pour vols et infractions liées aux stupéfiants.

Exécuté à Ghezel Hesar selon l'IHR, Vahid Baniamerian s'est employé, dans les derniers jours de sa vie, à soutenir ses co-détenus. «Même dans les moments les plus durs, il a choisi d'encourager les autres au lieu de céder à la peur», a confié son proche à l'AFP. «Le jour où ils l'ont placé à l'isolement, Vahid leur a dit: 'Ne pleurez pas devant l'ennemi. Nous sommes fiers de ce que nous faisons'», raconte-t-il. «Ils ont gardé la tête haute».



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