Dans trois mois, Donald Trump devra rendre des comptes. Les élections de mi-mandat révéleront le degré de satisfaction des Américains face à sa politique et les sondages ne lui sont pas favorables.
Une tendance marquante se dessine: une vague de démissions est attendue au Congrès en novembre. Jamais depuis des décennies autant de membres du Congrès n'ont annoncé leur départ à l'approche des élections. Leurs raisons sont explosives et les conséquences graves, aussi bien pour Trump que pour les démocrates.
Les élections de mi-mandat auront lieu le 3 novembre et l'ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants sera renouvelé. Au Sénat, 35 des 100 sièges seront pourvus et l'élection présidentielle n'aura lieu que dans deux ans.
Selon l'Associated Press, 65 sièges à la Chambre des représentants et 12 au Sénat sont à pourvoir après des démissions, des décès et des sièges laissés vacants. Le nombre total de sièges vacants au Congrès s'élève donc à 77, soit le nombre le plus élevé depuis 1992, année où un scandale bancaire à la Chambre des représentants avait laissé 122 sièges vides.
Les responsables politiques en ont assez
Le nombre inhabituellement élevé de démissions s'explique par plusieurs facteurs, notamment le redécoupage des circonscriptions électorales. L'avantage habituel des élus sortants ayant disparu, les politiciens établis hésitent à s'engager dans une campagne électorale risquée et difficile.
Autre raison: la dégradation du climat politique. Plusieurs membres du Congrès sont exaspérés par l'atmosphère délétère qui règne actuellement sur la politique américaine. Les menaces contre les hommes et femmes politiques se multiplient. La collégialité, le compromis et les relations personnelles sont relégués au second plan. Ils préfèrent briguer d'autres fonctions, comme celles de gouverneur, où leur influence sera plus importante.
Les modérés, rebutés
Parmi eux, le député démocrate de l’Illinois, Raja Krishnamoorthi, a critiqué l’atmosphère délétère sous Trump. «Je ne sais plus ce qu’est la normalité. Les nouveaux arrivants qui s'attendent à autre chose et se retrouvent confrontés à ce mélange toxique de partisanerie, d’attaques personnelles et d’insultes seront profondément déçus.»
Chez les républicains, la situation est aggravée par le fait que les députés modérés sont contraints à la démission. «Ces dernières années, les politiciens critiques envers Trump ont reçu un signal clair: ils n'ont quasiment plus d'avenir au sein du parti. Ils en tirent donc leurs propres conclusions», déclare Philipp Adorf, spécialiste des Etats-Unis à l'Université de Bonn.
Les lignes se durcissent
Cet exode massif a des conséquences importantes. «Le nouveau Congrès sera probablement encore plus conflictuel et encore plus difficile à diriger», estime Philipp Adorf. Pourquoi? Parce que le départ de députés de longue date entraîne la perte de relations personnelles, d’expériences institutionnelles et d’une volonté de compromis.
Traditionnellement, les démocrates étaient considérés comme le parti le plus ouvert au compromis. «Toutefois, la jeune génération qui prend désormais la relève se situe nettement plus à gauche selon les normes américaines et est déterminée à défendre ces positions de manière plus offensive», analyse Philipp Adorf.
La situation est similaire chez les républicains. Lorsque des députés modérés se retirent, ce sont des candidats soutenus par Trump qui prennent généralement la relève. «Le groupe républicain pourrait devenir encore plus loyal envers le président», décrypte Philipp Adorf.
Trump risque de perdre du pouvoir
Les derniers sondages laissent présager un Parlement divisé: alors que les républicains devraient conserver le Sénat, la Chambre des représentants est sur le point de basculer en faveur des démocrates. Ainsi, en quittant la scène politique, les élus modérés laissent le champ libre aux partisans de la ligne dure des deux côtés. Trump se retrouve avec un groupe parlementaire qui le suit de manière encore plus inconditionnelle.
Et au Parlement, il se heurte à une opposition de gauche renforcée, prête à passer à l’attaque. Les blocages sont inévitables. Loin d'apporter un quelconque progrès aux Etats-Unis, ces élections risquent de plonger le pays dans une impasse.