Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont le chef Mazloum Abdi a annoncé mardi la dissolution en vertu d'un accord avec le président Ahmad al-Chareh, constituaient l'armée des Kurdes de Syrie et avaient vaincu avec le soutien de l'Occident les jihadistes du groupe Etat islamique.
La dissolution de cette force qui a été, durant des années, la mieux entraînée et la plus organisée de Syrie, marque, selon les experts, la fin d'une époque pour cette minorité et ses rêves d'autonomie. La chute, en 2024, du président Bachar al-Assad, a conduit Washington à réorienter son soutien au profit des nouvelles autorités islamistes de Damas, favorables aux Etats-Unis.
Washington a été bluffé
Les FDS avaient été constituées en 2015 à l'initiative de Washington. Impressionnés par les combattants kurdes qui avaient vaincu le groupe Etat islamique (EI) à Kobané, dans le nord, les Américains cherchaient alors un partenaire fiable pour lutter contre les jihadistes.
Les FDS ont ensuite mené la lutte contre l'EI, vaincu territorialement en Syrie quatre ans plus tard. A leur apogée, elles comptaient environ 100'000 combattants, Kurdes et Arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est de la Syrie, des régions riches en pétrole.
Mais à la suite d'affrontements en janvier ayant entraîné la perte de territoires importants au profit des troupes gouvernementales, les deux parties ont signé un accord visant à intégrer les institutions militaires et civiles kurdes au sein de l'appareil d'Etat. Les Arabes présents dans leurs rangs ont fait massivement défection après que l'armée a pris le contrôle de deux provinces auparavant tenues par les Kurdes, Raqa et Deir Ezzor, réduisant ainsi leurs effectifs.
La fin d'une époque...
Selon l'expert Fabrice Balanche, le noyau dur des FDS était cependant resté intact. Il comprenait les Unités de protection du peuple (YPG), fortes d'environ 30'000 membres, ainsi que les Unités de protection de la femme (YPJ), composées exclusivement de femmes.
«La dissolution des FDS marque une fin amère», analyse auprès de l'AFP Mutlu Civiroglu, expert de la question kurde basé à Washington, qui y voit «la fin d'une époque pour la puissance kurde en Syrie». La force kurde a dû faire face à des incursions turques répétées entre 2016 et 2019, Ankara affirmant vouloir éloigner ces combattants de sa frontière.
La Turquie considère les FDS comme étant liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un mouvement militant kurde qui a mené une insurrection de plusieurs décennies dans le pays avant de renoncer à la lutte armée. Bien qu'ils nient tout lien avec le PKK, «c'est bien le PKK qui dirige les YPG en coulisses», affirme Fabrice Balanche.
...et le début d'une nouvelle ère
«Les YPG ont été formées en 2011 par des vétérans du PKK», y compris le chef des FDS, Mazloum Abdi, explique à l'AFP Nanar Hawach, analyste spécialiste de la Syrie au sein de l'International Crisis Group. L'accord conclu en janvier entre Damas et les Kurdes stipule que les FDS s'engagent à expulser du pays tous les dirigeants et membres du PKK qui ne sont pas syriens.
«Bien que peu nombreux, ils ont exercé une influence considérable aux postes de commandement et dans les fonctions administratives», analyse Nanar Hawach, ajoutant que leurs effectifs sont estimés entre quelques centaines et quelques milliers de personnes. Dans un discours la semaine dernière, Mazloum Abdi a reconnu que «des milliers de jeunes hommes et femmes kurdes» avaient soutenu les FDS en venant «d'autres parties du Kurdistan», faisant référence à des zones situées en Iran, en Irak et en Turquie.
«A notre demande et selon un plan établi, ces forces se sont retirées d'ici, et nous pouvons dire qu'une nouvelle phase a débuté dans cette région», a-t-il ajouté. L'intégration des FDS constitue une victoire majeure pour le président syrien Ahmad al-Chareh, qui tente de consolider son contrôle sur l'ensemble de la Syrie depuis l'éviction d'Assad.