Sur le front ukrainien, certaines recrues ne savent même plus comment elles ont atterri en pleine guerre. Et pour cause: il s’agirait d’alcooliques issus de centres de désintoxication, envoyés au combat alors qu’ils peinent parfois à marcher. «Ils font leurs besoins dans leurs couchettes, dans l’abri des soldats, et ça empeste», écrivait sur les réseaux sociaux Anastasia Kashevarova, blogueuse russe pro-guerre proche des milieux militaires.
Et ces cas ne seraient pas isolés. Des alcooliques seraient piégés par des escrocs qui les poussent à signer un contrat militaire, souvent en état d’ivresse, avant d’empocher les primes d’enrôlement, relève le «Times» mercredi 18 mars. Ces bonus peuvent dépasser 2,5 millions de roubles (23’000 francs), soit le prix d’un appartement dans certaines régions.
«Putain d'ivrognes»
Dans une vidéo récente, un militaire russe anonyme décrit l’arrivée massive de nouvelles recrues dans son unité. Beaucoup seraient plus âgées, en mauvaise condition physique et dépendantes à l’alcool, rapporte «The Telegraph». «Ils ont recruté une bande de bras cassés qui ne peuvent même pas marcher, en plus d’être mentalement instables», dénonce-t-il, évoquant des «putain d’ivrognes» sortis tout droit de cure.
Le soldat a déclaré qu'il y avait environ 30 soldats inaptes dans son unité de 40 hommes. Des «recruteurs» opéreraient dans l'ombre des circuits officiels, recourant à la coercition, à la tromperie ou à la fraude. Des accusations qui s’inscrivent dans une série de signalements dénonçant le recours à des personnes physiquement ou psychiquement inaptes au combat par Moscou.
Côté ukrainien, ces pratiques traduiraient une stratégie inquiétante: la Russie s’appuierait de plus en plus sur des profils vulnérables pour alimenter ses rangs, quitte à multiplier les pertes humaines afin de maintenir la pression sur le front et obtenir des victoires.
De la chair à canon
Selon Oksana Kuzan, cofondatrice et directrice du département analytique de l’USCC, le Kremlin imposerait des quotas de recrutement par région. Sous pression, les autorités locales enrôleraient alors «n’importe qui», sans considération pour leur aptitude au combat. Les recruteurs, eux, toucheraient des primes pour chaque signature.
Moscou avait également déjà libéré des criminels violents, dont des meurtriers et des violeurs, pour les envoyer sur front ukrainien. De retour, certains auraient récidivé. D’après le média d’opposition russe Vyorstka, au moins 274 civils ont été tués par d’anciens détenus revenus du front.
Pour les autorités ukrainiennes, ces soldats seraient de plus en plus utilisés comme de la chair à canon, notamment à des fins de propagande. «The Times» cite ainsi une vidéo diffusée le mois dernier: des soldats russes y hissent leur drapeau sur un territoire ukrainien. Mais les images s’arrêtent avant l’essentiel: quelques secondes plus tard, des drones ukrainiens frappent les troupes russes. Selon l'armée ukrainienne, Moscou utiliserait souvent des images de soldats hissant le drapeau dans des territoires ukrainiens pour revendiquer de fausses victoires.
Une réalité qui contraste fortement avec l’image de puissance que Moscou cherche à projeter. Elle met en lumière les fragilités d’un système de recrutement sous pression, loin du récit officiel. Derrière les annonces de gains territoriaux, le coût humain reste largement passé sous silence.