En bref
- La Russie intensifierait ses méthodes de recrutement pour combler ses pertes militaires en Ukraine, avec des raids dans plusieurs villes pour contraindre des hommes à signer des contrats militaires.
- Moscou vise 409'000 nouvelles recrues d'ici 2026, en offrant des primes et incitations, notamment aux étudiants. Des militants rapportent également des descentes dans plusieurs villes russes, où des hommes sont arrêtés dans la rue ou sur leur lieu de travail.
- En octobre 2024, des méthodes similaires ont été signalées en Ukraine, avec des contrôles dans des lieux publics à Kiev pour recruter des hommes non enregistrés.
Après plus de quatre ans de guerre, la Russie aurait de plus en plus de mal à trouver des hommes pour alimenter le front ukrainien. Pour compenser ses lourdes pertes tout en évitant une nouvelle mobilisation générale, politiquement risquée, Moscou durcirait désormais ses méthodes de recrutement. Selon «The Independent», des hommes seraient notamment arrêtés lors de raids menés dans plusieurs villes russes, avant d’être conduits vers des bureaux de recrutement militaire.
Vladimir Poutine chercherait ainsi à combler les pertes considérables subies par son armée depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, en février 2022. Le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) estime à 1,4 million le nombre de soldats russes tués ou blessés depuis le début du conflit, dont environ 450’000 morts. Et, selon les estimations ukrainiennes citées par «The Independent», le rythme du recrutement ne suffirait désormais plus à compenser les pertes.
D’après le «Financial Times», le Kremlin et le ministère russe de la Défense ont fixé des quotas aux responsables locaux afin d’atteindre un objectif de 409’000 nouvelles recrues en 2026. Pour y parvenir, les autorités auraient également recours à des primes versées pour convaincre d’autres personnes de s’engager, ainsi qu’à d’importantes incitations financières, notamment destinées aux étudiants susceptibles de rejoindre les unités de drones. Elles exploiteraient également les dettes ou les problèmes judiciaires de certains hommes pour faire pression sur eux.
«Ils raflent les hommes»
Ces derniers mois, des militants des droits humains dénoncent également des opérations beaucoup plus musclées. Des policiers auraient mené des descentes sur des lieux de travail ou directement dans la rue avant d’emmener des hommes dans des bureaux de recrutement, où certains auraient été contraints de signer un contrat avec l’armée. Les villes de Penza, Kamenka et Kouznetsk seraient notamment concernées.
«A Penza, ils arrêtent tout le monde sans distinction, stoppent les voitures et les transports en commun, raflent les hommes et les emmènent pour leur faire signer des contrats. Des descentes ont lieu dans toute la ville», a raconté un habitant à l’organisation de défense des droits humains Idite Lesom, selon «Ukrainska Pravda».
Volodymyr Zelensky affirme de son côté que le Kremlin prépare une importante vague de convocations forcées de réservistes dès cet automne. Selon l’Institute for the Study of War, Moscou préparerait depuis octobre dernier les conditions nécessaires à des rappels partiels et successifs. La Russie a également adopté plusieurs textes permettant d’élargir le nombre de personnes condamnées susceptibles d’être recrutées dans l’armée.
Des méthodes similaires en Ukraine
Le Kremlin dément toutefois qu’une nouvelle mobilisation générale soit à l’ordre du jour. Contrairement aux affirmations ukrainiennes, Moscou assure également ne pas manquer de recrues. La Russie n’est par ailleurs pas la seule à être accusée de recourir à des méthodes de recrutement musclées. Des pratiques similaires ont été signalées en Ukraine.
En octobre 2024, des images auraient notamment montré des agents chargés du recrutement militaire effectuer des contrôles dans des restaurants, des bars et aux abords d’une salle de concert à Kiev, à la recherche d’hommes qui ne s’étaient pas enregistrés pour la conscription. Des agents avaient notamment été aperçus devant le Palais des Sports de la capitale, contrôlant des hommes à la sortie d’un concert du groupe de rock ukrainien Okean Elzy.
Alors que les deux camps cherchent à maintenir leurs effectifs après plus de quatre ans de guerre, la question du recrutement devient toujours plus sensible. En Russie comme en Ukraine, les méthodes employées pour trouver de nouveaux soldats alimentent désormais les critiques.