Les renseignements américains tirent la sonnette d'alarme
Le nouveau plan de Poutine pourrait plonger l'OTAN dans le chaos

Moscou n’a pas besoin de chars pour mettre l’Europe sous pression: drones, cyberattaques et sabotages suffisent à éprouver les défenses de l’OTAN. L’enjeu est désormais de savoir si l’Europe saura détecter une offensive avant qu’il ne soit trop tard.
Selon les services secrets américains, Vladimir Poutine pourrait bientôt exécuter un nouveau plan pour affaiblir l'OTAN.
Photo: IMAGO/Alexander Kazakov
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Chiara Schlenz

Vladimir Poutine est bien décidé à pousser l’OTAN dans ses derniers retranchements. Ses drones ne cessent de violer l’espace aérien des pays membres de l’Alliance, ses navires patrouillent dangereusement à proximité d’infrastructures critiques, tandis que les actes de sabotage et les cyberattaques se multiplient.

Pour l'heure, aucun de ces incidents ne constitue «l'attaque de grande envergure» que les services de renseignement occidentaux redoutent depuis le début de la guerre en Ukraine. Mais de plus en plus de signaux montrent que le Kremlin pourrait bientôt passer à la vitesse supérieure. Un scénario en particulier met les capitales européennes en alerte.

Les services de renseignement américains sont, eux aussi, en état d'alerte. Samedi 8 août, ils ont indiqué que Poutine pourrait tenter, dès l'automne, d'attaquer le territoire de l'OTAN. La Pologne et les Etats baltes seraient particulièrement exposés. Les scénarios envisagés vont de simples cyberattaques à une incursion limitée sur le territoire de l’Alliance.

Les signaux d’alerte se multiplient

Au moment même où Washington lançait cet avertissement, un drone explosait à la frontière entre la Roumanie et la Bulgarie, deux pays membres de l'OTAN. Si l'origine de cet incident reste inconnue à ce stade, la découverte, quelques jours plus tôt, d'un drone transportant des explosifs à l'aéroport de Leipzig serait directement liée à un service de renseignement russe, selon les autorités américaines.

En zone maritime aussi, la tension est à son comble. Sur le seul mois de juillet, la marine britannique a consacré 21 jours à la surveillance des navires russes dans les eaux entourant le Royaume-Uni, rapporte «The Guardian». Leur activité a augmenté de 25% par rapport à l’année précédente. Le navire russe océanographique Yantar a par ailleurs été repéré à proximité d’importants câbles sous-marins au large de l’Ecosse.

Selon une analyse récente de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, les opérations de sabotage russes en Europe ont été quatre fois plus nombreuses en 2024 que les années précédentes. Cette activité accrue se serait poursuivie en 2025 et 2026. Cela ne signifie pas pour autant que les troupes russes envahiront les Etats baltes demain. Les services américains jugent le scénario d'une attaque territoriale limitée peu probable.

La stratégie de la division

Seulement voilà, Poutine n’a même pas besoin de déclencher une guerre ouverte. Il lui suffit de faire croire à l’Europe qu’il peut le faire à tout moment. Pour le Kremlin, une attaque – même très limitée – pourrait déjà représenter un gain politique considérable.

Le chef du Kremlin attise la peur au sein des populations, met les gouvernements sous pression et sème le doute entre les partenaires de l’OTAN. Son véritable objectif ne semble pas tant de conquérir une partie de l’Europe que de démontrer que l’Alliance serait incapable de rester unie au moment décisif. C’est du moins ce que laissent penser plusieurs rapports des services de renseignement américains.

Jusqu’à présent, les Etats-Unis estimaient que la Russie éviterait toute provocation directe contre l’OTAN tant qu'elle était engagée dans la guerre en Ukraine. Cette évaluation a désormais changé, rapporte CNN, citant des rapports des services de renseignement américains.

Optimiser la réaction

Les experts en sécurité mettent en garde contre un scénario impliquant ce qu'ils appellent les «petits hommes verts»: des combattants non identifiés, des auxiliaires locaux ou des agents russes capables de déstabiliser, voire d’occuper, une petite portion de territoire. Moscou pourrait alors nier toute implication, et l'OTAN serait contrainte de déterminer, dans l’urgence, si une attaque a réellement eu lieu et, le cas échéant, jusqu’où elle doit aller dans sa riposte.

Selon le quotidien «Bild», les experts recommandent donc la mise en place de mécanismes communs permettant aux services de renseignement d’échanger plus rapidement leurs informations et d’identifier plus facilement les auteurs des attaques. Les conséquences possibles devraient également être définies à l’avance: sanctions, expulsions d’agents russes, contre-mesures informatiques ou déploiement de troupes supplémentaires sur le flanc oriental.

L’OTAN devrait en outre mieux se préparer aux situations n'impliquant pas une réaction solidaire de ses pays membres, la dissuasion ne fonctionnant que si Poutine sait à l’avance ce que lui coûterait une attaque. 

Le chef du Kremlin entend tester les lignes rouges de l’Europe jusqu’à ce que l’Alliance vacille. La mission de l’OTAN est désormais de lui ôter tout espoir d'y parvenir.

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