Un appareil sur cinq est HS!
En manque de pièces détachées, l'aviation russe bat de l'aile

Les sanctions occidentales contre la Russie commencent enfin à porter leurs fruits. Résultat: environ un avion sur cinq ne peut plus décoller, faute de pièces de rechange.
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Le secteur aérien russe subit les conséquences des sanctions occidentales.
Photo: Imago
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Patrik Berger

Les sanctions occidentales contre la Russie et son président Vladimir Poutine frappent de plein fouet le secteur aérien. En pleine saison estivale, période cruciale pour le tourisme, les compagnies russes se retrouvent en proie à des difficultés massives. Alors que le trafic européen fonctionne à plein régime partout en Europe, près d'un avion sur cinq est cloué au sol en Russie.

Les chiffres sont édifiants: selon une analyse du journal russe «Kommersant», sur les 673 avions que comptent les onze plus grandes compagnies du pays, 130 n'étaient pas en état de voler à la fin du mois de juin, soit 19,3 % d'entre eux. A titre de comparaison, en Europe, un taux de blocage de 10% en plein été est déjà considéré comme un signal d'alarme économique majeur, souligne le portail spécialisé Aerotelegraph.

Les pièces de rechange manquent

La raison principale à cette crise: la Russie n'a pratiquement plus accès aux pièces de rechange pour les avions de ligne Airbus et Boeing. Les opérations de maintenance durent ainsi nettement plus longtemps, la pénurie de composants forçant les techniciens à trouver d'autres moyens pour procéder aux réparations. Une situation qui met les compagnies aériennes russes à rude épreuve, elles qui doivent déjà composer avec une flotte vieillissante et sujette à un nombre croissant de pannes.

Jusqu’à présent, Moscou obtenait les pièces indispensables auprès de pays tiers, en réparant des avions immobilisés ou en les démantelant afin d'en récupérer les pièces. Mais cette source d'approvisionnement s'épuise aujourd'hui à vue d'œil.

Des compagnies plus en difficulté que d'autres

D'importantes disparités affectent en outre les différentes compagnies aériennes. Les plus proches de l'Etat s'en sortent relativement bien: chez Aeroflot, par exemple, seuls sept avions sont immobilisés, tandis que chez Pobeda, sa filiale low-cost, c'est toute la flotte qui fonctionne à plein pot.

La situation est en revanche beaucoup plus précaire du côté des compagnies privées. Le record revient à Azur Air, 17 des 23 avions de cette compagnie étant hors service, soit une proportion de 74%. Chez Nordwind Airlines, près d'un appareil sur deux est cloué au sol.

De son côté, S7 Airlines compte le plus grand nombre absolu d’engins immobilisés, parmi lesquels de nombreux Airbus A320 Neo, avec 33 unités non-fonctionnelles, soit un tiers de la flotte. Les flottes long-courriers sont elles aussi fortement affectées. Chez Rossiya, six Boeing 747 sur huit et six Boeing 777 sur dix ne sont actuellement pas en mesure de voler.

Coopération avec l’Inde

Soucieux de résoudre ces problèmes à moyen terme, le président russe Vladimir Poutine a entrepris des réformes afin de renforcer le secteur aérien du pays. Pour contourner les sanctions occidentales, la Russie a notamment délocalisé une partie de sa production aéronautique en Inde, pays non associé aux sanctions occidentales.

Ce choix ne doit rien au hasard. En effet, l'aviation indienne est en plein essor. New Delhi cherche en outre à renforcer son indépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement occidentales.

En collaboration avec la Russie, le pays prépare désormais le lancement de sa propre production aéronautique. Le constructeur public Hindustan Aeronautics a obtenu des licences pour la fabrication du Yakovlev Superjet, dont l'assemblage sera réalisé directement en Inde. Des appareils de type Ilyushin Il-114-300 seront également fabriqués dans le sous-continent indien à l’avenir. De quoi revigorer une flotte russe suffocante. C'est du moins ce qu'espère Vladimir Poutine.

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