L'Ukraine a un atout
Le pire cauchemar de Poutine est en train de devenir réalité

Plus de missiles, plus de drones, plus de pression: Vladimir Poutine intensifie sa guerre. Mais, alors que le chef du Kremlin cherche à afficher sa puissance, c’est chez lui que ses failles deviennent visibles.
Alors que la Russie intensifie ses attaques contre l'Ukraine, la guerre se fait sentir de plus en plus chez le peuple russe.
Photo: IMAGO/SNA
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Chiara Schlenz

Vladimir Poutine passe à la vitesse supérieure. La Russie a lancé au mois de juillet près de 126 missiles balistiques sur l'Ukraine, un nombre d'une ampleur sans précédent. Kiev riposte par une vague d’attaques de drones et un remaniement à la tête de l’armée. En effet, Volodymyr Zelensky vient de remplacer le chef de l’armée Oleksandr Syrskyi par Mykhailo Drapatiy. Le président vise ainsi une intensification des frappes ukrainiennes.

Mais alors que la tension monte d'un cran, la menace probablement la plus inquiétante pour Poutine se dessine précisément là où il pensait maîtriser la situation depuis des années. Et ce n'est ni dans le Donbass, ni en Crimée, mais en plein cœur de la Russie!

Les Russes désavouent la guerre

Seuls 8% des Russes estiment que la guerre de Poutine est «très réussie», selon le dernier sondage du Centre Levada, un institut indépendant classé depuis 2016 comme «agent étranger» par le Kremlin.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, cet institut interroge régulièrement la population russe à ce sujet. Et la tendance est claire: au printemps 2022, 81% des personnes interrogées soutenaient la guerre. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 66%, avec seulement 34% des personnes qui disent la soutenir «sans réserve». Près d’une personne sur quatre se dit opposée aux opérations militaires, tandis que 62% d'entre eux souhaitent désormais les négociations de paix.

Un vrai coup de massue pour le Kremlin. Car depuis son arrivée au pouvoir, Poutine fonde son discours sur la promesse de garantir sécurité et stabilité sur le territoire. Abbas Galljamov, son ex-conseiller, rappelle dans un billet de blog qu’il promettait autrefois aux Russes une vie épargnée par les explosions et les villes en flammes. Aujourd’hui, il constate: «Dans la Russie d’aujourd’hui, plus personne ne peut se sentir en sécurité.»

La guerre ressentie en Russie

Pendant des années, le maître du Kremlin est parvenu à maintenir la guerre en Ukraine à distance de la vie quotidienne de nombreux Russes. On se battait et on mourait à des kilomètres de là. Beaucoup d'habitants de Moscou et de Saint-Pétersbourg continuaient leur vie de façon insouciante, alors même que les bombes explosaient. 

Mais cela ne semble plus être le cas. Des drones ukrainiens frappent désormais des raffineries, des ports et des installations militaires au cœur de la Russie. Dans la nuit de mardi à mercredi, des débris de drones ukrainiens se sont abattus en Crimée.

Kiev ne cherche pas seulement à ébranler l’économie et la logistique russes. Chaque attaque contraint Poutine à faire des choix sur les sites à protéger en priorité. Les systèmes de défense aérienne mobilisés pour protéger les raffineries et les villes manquent alors sur le front, et inversement. Dans cette guerre des drones, l’immensité du territoire russe se transforme ainsi en une potentielle cible.

L’Ukraine sort un atout de sa manche

Intensifier la pression. C'est la mission qu'on a donnée à Mykhailo Drapatiy. Agé de 43 ans, il incarne une nouvelle génération d’officiers ukrainiens. Son prédécesseur, Oleksandr Syrskyi, avait été formé dans la tradition militaire soviétique et critiqué pour des opérations ayant causé de lourdes pertes. Drapatiy, en revanche, est considéré comme un réformateur. Il entend miser davantage sur l’initiative individuelle, les nouvelles technologies et les méthodes de la guerre des drones.

Zelensky lui a expressément confié la mission d’intensifier les «opérations offensives dans tous les domaines». Un soldat ukrainien a même décrit Drapatiy, dans une interview à la BBC, comme le «pire cauchemar de la Russie». L'éventualité de confier un nouveau rôle à l’ex-ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov est également évoquée.

Mykhailo Drapatiy n’est pas un général miracle. Car la Russie dispose toujours d’un effectif supérieur et d’une industrie de l’armement colossale. Dans le même temps, l’Ukraine souffre d’un manque criant de systèmes de défense aérienne et de soldats. Mykhailo Drapatiy devra à la fois maintenir le front, renforcer les effectifs et permettre au pays de traverser un nouvel hiver sous le feu des attaques russes.

Le dangereux dilemme de Poutine

La stratégie de Poutine reste d’une simplicité brutale: la Russie n'a pas le choix que de tenir plus longtemps que l’Ukraine. Mais pour y parvenir, le Kremlin pourrait bientôt devoir demander de fournir encore davantage d’efforts à sa propre population.

Mardi soir, sur la base d’informations fournies par les services de renseignement, Zelensky a mis en garde contre une possible nouvelle mobilisation en Russie dès cet automne. D’ici à la fin de l’année, plusieurs centaines de milliers d’hommes pourraient être mobilisés. Cette information n’a toutefois pas été confirmée par d’autres sources.

Sur le plan militaire, Poutine pourrait avoir besoin de nouvelles forces. Mais sur le plan politique, cette action serait dangereuse. En effet, une mobilisation ferait peser le poids de la guerre sur des centaines de milliers de familles supplémentaires, alors que les drones ukrainiens s’enfoncent de plus en plus profondément dans le pays et que de moins en moins de Russes croient encore à une issue favorable de la guerre.

Plus Poutine a besoin de ressources pour poursuivre la guerre, plus il lui sera difficile de protéger sa population de ses conséquences. Le chef du Kremlin mise sur le fait que la Russie peut souffrir plus longtemps que l’Ukraine. Son pire cauchemar commencera lorsque son propre peuple se rendra compte de tout ce qu’il devra encore endurer pour cela.

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