Triomphe en Saxe-Anhalt
L'AfD a gagné, maintenant l'Allemagne va changer

La victoire écrasante du parti national-populiste AfD dans le Land de Saxe Anhalt ce dimanche ouvre la voie à d'importants bouleversements politiques en Allemagne. Et à des secousses consécutives en Europe.
1/6
L'AfD n'est plus le parti seulement protestaire d'hier. Cette formation suscite une forte adhésion.
Photo: imago/Chris Emil Janßen

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • L'AfD, parti d'extrême droite, a remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt ce dimanche avec plus de 44% des voix, marquant une victoire historique. La participation électorale a atteint un record de 78%, soit près de 18 points de plus qu’en 2021.
  • La CDU du Chancelier Friedrich Merz a enregistré une chute spectaculaire de 19,9 points par rapport à 2021, tandis que l'AfD est perçue par les électeurs comme la meilleure solution sur des sujets clés comme la criminalité (40%) et l'asile (38%).
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Ulrich Siegmund l'a répété tout au long de la soirée électorale de ce dimanche à Magdebourg, en Saxe-Anhalt. «Nous avons écrit l'histoire», a clamé le leader régional de l'AfD (Alternative für Deutschland), le parti classé à l'extrême droite par les services de renseignement allemands, victorieux dans les urnes avec plus de 44% des voix. Un score obtenu avec une participation record d'environ 78%, soit près de 18 points de plus qu’en 2021. Et aux dépens des deux partis qui forment la coalition gouvernementale actuelle à Berlin: la CDU, le parti conservateur, crédité de 17,2 %, (contre 37,1 % en 2021, soit une chute spectaculaire de 19,9 points) et le SPD social démocrate : 9,3 %, contre 8,4 % en 2021, soit une légère progression de 0,9 point.

Quelle histoire vient d'être écrite ? Celle d'une formation nationaliste et populiste qui, désormais, peut prétendre assumer le pouvoir. «Nous avons un mandat clair pour gouverner», ont affirmé, en écho, ses responsables nationaux Alice Weidel et Tino Chrupalla. Pour la première fois depuis 1945, l'Allemagne voit donc un parti qui comporte en son sein des nostalgiques d'Hitler – désavoués par le leadership actuel – se rapprocher de la Chancellerie fédérale.

Basculement régional

Est-ce à dire que ce basculement régional entraîne notre grand voisin dans une crise politique majeure? Non. Le Land de Saxe-Anhalt, avec ses deux millions d'habitants sur 83,5 millions, n'est pas une région cruciale.

Reste que la vague AfD, si elle continue de déferler lors des prochaines élections régionales, en Poméranie-Mecklembourg et à Berlin le 20 septembre, change drastiquement le rapport de forces au sein de la première puissance économique européenne. En cas d'autres succès de l'AfD, le « mur coupe-feu » (Brandmauer) qui lui est opposé par tous les autres partis risque en effet de céder.

Des élus de la CDU, confrontés à l'impopularité du chancelier Merz et aux difficultés du pays (le Conseil des experts économiques envisage une croissance de 0,5% en 2025 et de 0,8% en 2027), pourraient démissionner et se ranger du côté de l'extrême droite. Tous les regards se portent aussi, dans le Land de l'est, sur l'attitude à venir des deux formations de gauche radicale: Die Linke (8,6 %, en recul de 2,4 points) et BSW (le parti Sahra Wagenknecht) avec 5,3 %, ce qui lui permet d'entrer au parlement régional.

Comment nier le fait qu'en Saxe Anhalt, une grande partie des électeurs attribuent désormais à l’AfD les meilleures réponses sur de nombreux sujets: lutte contre la criminalité (40%), politique d’asile et des réfugiés (38%), défense des intérêts est-allemands (36%), économie (30%), énergie (30%), emplois (29%), éducation (29%), justice sociale (29%), maintien de la paix (29%) et retraites (27%). 57% des électeurs de Saxe-Anhalt se déclaraient aussi favorables, avant le scrutin, à l’arrêt des livraisons d’armes à l’Ukraine (92% parmi les électeurs de l’AfD). Pas étonnant qu'à l'approche de son propre scrutin, la ministre-présidente SPD du Mecklembourg, Manuela Schwesig, qualifie cette très nette de l'AfD de «dangereuse pour le pays dans son ensemble ». D'autant que l'administration américaine et le mouvement MAGA, trés proches de l'AfD, ne vont se priver de lui réitérer leur soutien dans les semaines à venir.

Nouveaux programmes éducatifs

Autre conséquence de ce succès en Saxe-Anhalt: même si l'AfD devait être empêchée de gouverner dans ce Land face aux autres partis coalisés, sa légitimité en sortirait considérablement renforcée. Ses revendications, comme la révision des programmes d'éducation pour «nuancer» les références au nazisme dans les livres d'histoire ou la «remigration» (renvoi) automatique des immigrants illégaux, ne sont plus taboues.

Certains analystes allemands ont même évoqué à son propos 1933, l'année fatale qui vit Adolf Hitler devenir chancelier. L'Allemagne de 2026 n'est, selon eux, plus à l'abri d'un grand chamboulement. «Cette élection en Saxe-Anhalt constitue une césure historique pour l'Allemagne réunifiée», confirme Eva Quadbeck, commentatrice politique du réseau de télévision RND. Traduisez: l'ancien paysage politique allemand est, selon elle, mort dans les urnes de ce Land de l'Est.

Dernier enseignement: l'AfD apparaît, après cette victoire, comme un parti capable de mobiliser très largement, et non plus seulement comme l'expression d'une niche protestataire de l'Est. Sa force n'est plus cantonnée aux électeurs âgés, nostalgiques de la RDA et massivement hostiles aux migrants. Selon les enquêtes de sortie des urnes citées par Deutschlandfunk, 51% des hommes auraient voté AfD et 40% des femmes ; chez certains groupes masculins d'âge moyen, le vote AfD dépasse même 55%.

La très forte participation lui a également profité: ce parti a réussi à ramener aux urnes un grand nombre d’anciens abstentionnistes. Une capacité de mobilisation qui rend plus difficile l'argument selon lequel la progression de l'AfD serait simplement le résultat d'une démobilisation des partis traditionnels. Sa dynamique est incontestable.

Merz très impopulaire

Et ce, au moment où le chancelier Friedrich Merz paraît incapable de faire voter son «paquet de réformes», présenté par une commission gouvernemental et supposé être voté avant la fin 2026. Alors que le pays connait une difficile «Zeitenwende» (changement d'époque) en raison des coups portés à l'allaince atlantique par Donald Trump, de la chute des exportations et de la remise en cause de son modèle industriel en raison de la hausse des coûts de l'énergie, la cote de popularité d'un chef de gouvernement allemand n'a jamais été aussi basse que la sienne.

Seulement une personne sur six, en Allemagne, se déclare encore satisfaite de son action. De quoi justifier la phrase fétiche de l'AfD: «Alles ist möglich» (Tout est possible).

Articles les plus lus