L'explosion politique a eu lieu en Saxe-Anhalt. Dans ce Land de l'est de l'Allemagne, la victoire écrasante du parti national-populiste AfD va transformer la donne bien au-delà des frontières de cette région de deux millions d'habitants et de sa capitale, Magdebourg. Pour l'heure, il faut attendre les résultats définitifs pour savoir si le parti que les services de renseignement allemands classent à «l'extrême droite» va dépasser les 45% des suffrages et pouvoir gouverner seul. L'extrême gauche représentée par le parti Sarah Wagenecht pourrait entrer au parlement régional. Mais déjà, cinq leçons s'imposent.
Plus fort que les sondages
Le résultat de l'AfD est le meilleur auquel ce parti aurait pu prétendre. L'AfD a notamment profité d'une participation record de près de 80%, ce qui accroît sa légitimité dans le reste du pays. Selon Gilbert Casasus, ancien professeur à l'Université de Fribourg et fin connaisseur de la République fédérale, l'autre leçon du scrutin est la défaite cinglante de la CDU, le parti chrétien-démocrate (droite) du chancelier Friedrich Merz. «Ces élections connaissent un grand perdant: la CDU, dont le score a été divisé par deux», explique-t-il. Le discours de l'AfD sur la remigration a porté ses fruits électoraux au delà de toute espérance.
Siegmund vs Merz: 1-0
Le jeune leader de l'AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, sort grand vainqueur de cette élection régionale, à l'issue d'une campagne durant laquelle il a donné de lui-même une image sympathique et populaire, au guidon de sa mobylette Simson, typique de l'ex-RDA. Impossible de ne pas y voir un désaveu pour le chancelier Friedrich Merz, de plus en plus impopulaire. «C'est un échec personnel et cuisant pour Friedrich Merz, détaille Gilbert Casasus. Cet homme est une déception depuis son élection en 2025. Il est désormais dans l'œil du cyclone. Si les élections du 20 septembre à Berlin et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale devaient se solder par de nouveaux et graves échecs, son avenir politique serait compromis.»
L'AfD domine la scène politique
«Ce résultat confirme tous les sondages, à savoir que l'AfD est aujourd'hui le principal parti de la République fédérale. Il est en pole position, ce qui ne plaide pas pour de nouvelles élections fédérales anticipées après celles de février 2025, à l'issue desquelles le parti dirigé au niveau national par Alice Weidel était arrivé en deuxième position, juste derrière la CDU». Vu les difficultés rencontrées par l'actuelle coalition gouvernementale entre la CDU et le SPD social-démocrate, l'AfD se retrouve dans une position idéale pour faire exploser le «mur» des autres partis qui, jusque-là, refusent toute alliance avec elle.
Révolution allemande et européenne
«Si l'AfD devait obtenir la majorité des sièges, ce serait la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale qu'un parti d'extrême droite dirigerait un Land allemand. Non seulement les Allemands, mais aussi tous les Européens devront alors en prendre conscience, car cette élection est une très mauvaise nouvelle pour la République fédérale d'Allemagne et, plus encore, pour l'Union européenne», poursuit Gilbert Casasus. Son verdict? «Cette élection s'inscrit dans le glissement extrémiste de l'Europe, dans la tentation d'essayer l'extrême droite. Et, comble du jeu politique, c'est la démocratie qui permet ce glissement, ce dérapage vers l'extrême droite... un peu comme en 1933, bien qu'il faille être précautionneux avec de telles comparaisons.» 1933: la référence fait très mal. C'est le 30 janvier de cette année-là qu'Adolf Hitler devint chancelier. Au niveau européen, le débat sur les migrants, avant la prochaine élection présidentielle française, va s'amplifier.
Un pays fracturé qui glisse
C'est à l'est de l'Allemagne que l'extrême droite vient d'obtenir ce succès historique, ce qui permet de s'interroger sur la division politique d'une Allemagne pourtant réunifiée... depuis 36 ans ! Ironie de l'histoire: Ulrich Siegmund est né quelques semaines après la réunification des deux Allemagnes. Pour Gilbert Casasus, une hypothèse s'installe: le possible transfert de candidats et de députés de la droite vers l'AfD. «C'est un calcul que l'AfD opère en secret», juge l'universitaire.