Le géant américain des puces Nvidia a publié mercredi des résultats sensiblement supérieurs aux attentes pour le quatrième trimestre de son exercice décalé. Son patron évoque une demande de capacités pour l'intelligence artificielle (IA) en «croissance exponentielle». Le bénéfice net ressort à 42,96 milliards de dollars, en hausse de 94% sur un an, selon un communiqué.
Rapporté par action et hors éléments exceptionnels, paramètre le plus scruté par les marchés financiers, il s'inscrit à 1,62 dollar, contre 1,51 attendu par les analystes, selon un consensus établi par FactSet. Même si la concurrence se renforce, avec l'émergence d'AMD, mais aussi de Google et Amazon ainsi que de plus petits acteurs spécialisés sur certaines tâches, Nvidia demeure le baromètre du secteur de l'IA, considéré comme le meilleur indicateur de sa trajectoire.
Ses processeurs graphiques, appelés GPU (graphics processing unit), restent, de très loin, les plus demandés. Conscient de la densification du marché, mais aussi de l'appétit insatiable de l'industrie pour l'IA et l'informatique à distance (cloud), Nvidia accélère inlassablement le rythme de développement de ses produits.
Nouvelle génération de GPU
Le groupe a ainsi lancé, début janvier, la fabrication des Rubin, sa dernière génération de GPU, moins d'un an après la mise sur le marché de la dernière version, les Blackwell. «La demande de capacités» de calcul nécessaires à la mise au point de l'IA générative et à son utilisation «est en croissance exponentielle», a affirmé le patron de Nvidia, Jensen Huang, cité dans le communiqué.
«Le point d'inflexion des agents IA est arrivé», a-t-il poursuivi, en référence à l'émergence des agents, des interfaces d'intelligence artificielle à même d'effectuer, sur demande, des tâches de façon autonome. Parce que les agents «travaillent pour vous durant des minutes, voire des heures», a rappelé Jensen Huang durant une conférence téléphonique, ils ont besoin d'utiliser des processeurs de façon beaucoup plus importante que pour une simple question posée à ChatGPT.
Dès lors, «les capacités de calcul nécessaires sont mille fois plus élevées qu'auparavant», a-t-il lancé, ce qui devrait entraîner une accélération continue des investissements dans l'ensemble des infrastrutures informatiques, des puces aux centres de données. Le groupe table d'ailleurs sur un chiffre d'affaires de 78 milliards de dollars, «plus ou moins 2%». Si la cible était atteinte, cela représenterait une croissance de 77% sur un an.
Ventes en forte hausse et marge record
Au quatrième trimestre, les ventes se sont montées à 68,1 milliards de dollars, en progression de 73% sur un an. Fait notable, le taux de marge brute a nettement grimpé, à 75%, contre 73,4% au trimestre précédent et 73% un an plus tôt. «Nvidia a de nouveau surpassé les projections et avec les milliards supplémentaires que se sont engagés à dépenser (les géants de l'IA et du cloud), la demande pour les puces (du groupe) demeure robuste», a commenté Jacob Bourne, analyste du cabinet Emarketer.
S'il note que ces grands noms de l'IA et du cloud cherchent à diversifier leurs approvisionnements et font de plus en plus régulièrement appel à des concurrents de Nvidia, il relève que ce dernier cherche actuellement à se diversifier au-delà des centres de données. Toujours largement en tête des capitalisations boursières mondiales, à 4761 milliards de dollars, Nvidia reste néanmoins assez loin de ses plus hauts enregistrés fin octobre.
«Il y aura toujours des interrogations sur le potentiel de la vague de dépenses dans l'IA à se maintenir au-delà des toutes prochaines années», a estimé Matt Britzman, analyste d'Hargreaves Lansdown. Témoin, après un bond initial, l'action Nvidia se repliait de près de 1% dans les échanges électroniques postérieurs à la clôture de Wall Street. Pour autant, selon lui, «les estimations de chiffre d'affaires (des analystes) pour 2026 et 2027 sont clairement trop basses et nous nous attendons à une série de relèvements sur la base de ces chiffres» publiés mercredi.
Nvidia précise n'attendre aucun revenu du marché chinois, malgré le quitus accordé par le gouvernement pour la vente de certaines de ses puces, qui ne sont pas les plus performantes de sa gamme. Mais les conditions imposées auraient rendu les exportations difficiles, selon des médias, alors que les autorités chinoises n'entendent les laisser entrer sur leur territoire qu'au compte-goutte, désireuses de voir leur industrie nationale se développer.