«En perpétuel mouvement», le mont Blanc a gagné près de deux mètres en épaisseur de glace depuis 2023 pour s'établir à 4807,47 mètres, ont annoncé mercredi des experts français, appelant à ne pas tirer de conclusions hâtives de cette mesure «ponctuelle».
A cette altitude, la mesure du toit de l'Europe occidentale «se rapproche de la valeur historique» obtenue à la fin du XIXe siècle par les cousins Henri et Joseph Vallot, soulignent les scientifiques.
Eux se sont lancés dans l'aventure en 2001 et rééditent régulièrement leur exploit: gravir à pied le sommet à la frontière franco-italienne, entre le département français de la Haute-Savoie et la région italienne de la Vallée d'Aoste, en portant du matériel de plus en plus sophistiqué.
«Le sommet est en perpétuel mouvement», a rappelé Jean des Garets, géomètre-expert, lors d'un point de presse. Il a varié de 4805 mètres en 2023 à près de 4811 mètres en 2007.
Les mesures varient chaque année
Dans la culture populaire, et sur la plume des stylos de la marque éponyme par exemple, l'altitude du mont Blanc est souvent arrondie à 4810 mètres. «On a des variations de plusieurs mètres d'une année à l'autre. Donc arrondir à la dizaine, c'est pas mal», sourit Jean des Garets.
Les géomètres ne tirent aucune conclusion, mais leurs données seront analysées dans le temps par d'autres scientifiques. «Chaque mesure ponctuelle n'a pas d'importance en soi» au regard du réchauffement climatique, insiste notamment Jean des Garets.
Pour l'instant, le sommet du mont Blanc «reste encore froid, il n'est pas encore trop modifié par le climat», a observé Luc Moreau, glaciologue invité à la conférence de presse, qui se félicite d'avoir une série de mesures pour continuer à surveiller «l'évolution du sommet enneigé» à l'avenir.
Après un été caniculaire marqué par la fermeture temporaire de refuges pour cause de chutes de pierre ou de restrictions pour limiter la fréquentation du massif, beaucoup se sont inquiétés de la santé de la montagne.
Calotte de glace
Les géomètres-experts mesurent la calotte de neige et de glace qui recouvre le relief rocheux. «Cette calotte est soumise à des phénomènes extrêmement variables: accumulation de neige, précipitations, vent, transport et redistribution de la neige, températures, ensoleillement et conditions météorologiques des mois précédant la mesure», expliquent les scientifiques.
Ils observent deux choses: une année 2026 «particulièrement sèche» et un isotherme 0°C (l'altitude à laquelle la température de l'air atteint 0°C) qui «a dépassé les 5000 mètres lors d'épisodes de chaleur exceptionnels», sans que ces observations ne permettent à elles seules d'expliquer les variations d'une année à l'autre, est-il souligné dans un dossier de presse.
Au rayon des innovations technologiques, les géomètres se sont équipés cette année d'un géoradar, qui a permis de modéliser à la fois la calotte glaciaire, mais aussi le sommet rocheux sous la glace.
Celui-ci, mesuré par d'autres scientifiques en 2004 à 4792 mètres, a été établi à 4789,40 mètres cette fois-ci. «On n'a pas encore pris le temps d'analyser et de comprendre pourquoi on a cet écart», a concédé M. des Garets.
Avec un gravimètre acheminé cette année par une équipe de l'Institut géographique national (IGN), la géolocalisation et les centaines de photographies prises par drone, toutes ces technologies participent à rendre la mesure de plus en plus précise. Soit 30 kg de matériel à transporter au sommet, contre une dizaine habituellement.