Les Latinos qui avaient contribué à la réélection de Donald Trump se sont retournés contre lui lors des élections de mi-mandat, déçus par ses promesses non tenues de baisse des prix et par sa politique migratoire répressive.
Du Texas à la Californie, les électeurs hispaniques ont voté massivement en faveur des démocrates mardi, permettant au parti de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, et réduisant Donald Trump à l'impuissance législative pour les deux années qui lui restent à la Maison Blanche.
La participation des Latinos a probablement atteint un niveau record pour une élection de mi-mandat aux États-Unis, a affirmé lors d'une conférence de presse Janet Murguía, présidente de l'organisation de défense des droits des Latinos UnidosUS. Selon elle, de nombreux Latinos avaient soutenu Donald Trump en 2024 en raison de ses promesses de lutte contre l'inflation, mais n'ont pas constaté les résultats escomptés.
Campagne de déportations rejetée
Ils rejettent également sa «campagne de déportations de masse devenue incontrôlable et les méthodes abusives, violentes et cruelles incarnées par l'ICE», la police fédérale de l'immigration. «Les électeurs latinos ont envoyé un message clair quant à leur colère et à leurs inquiétudes concernant la direction que prend notre pays», a-t-elle dit.
Même parmi les jeunes latinos nés aux Etats-Unis, qui se sentent aussi américains qu'héritiers de la culture hispanophone de leurs parents, beaucoup disent ne pas avoir supporté l'offensive nationale menée par l'ICE. Sous l'impulsion de Donald Trump, l'agence a multiplié les opérations pour expulser des millions de personnes, notamment lors de descentes sur des chantiers.
Le poids des «No sabo»
Victor Bucio, un Texan de 34 ans né de parents mexicains, fait partie des «no sabo», comme sont surnommés les jeunes Américains d'origine latino qui ne parlent pas, ou très mal, la langue de leurs parents. L'expression, forgée à partir d'une mauvaise conjugaison du verbe espagnol «saber» (savoir), désigne une génération dont le poids grandissant parmi les nouveaux électeurs, notamment au Texas, contribue à redessiner l'influence politique de la communauté hispanique.
«C'est simplement triste qu'il ait fallu un événement d'une telle ampleur et quelque chose les touchant personnellement pour qu'ils finissent par aller voter», explique-t-il à l'AFP, faisant référence aux raids de la police de l'immigration aux États-Unis, avant d'ajouter en espagnol: «ceux qui ne savent pas, ces 'no sabo', savent en réalité.»
Selon un sondage réalisé à la sortie des urnes par NBC News, les démocrates ont devancé les républicains d'environ 30 points parmi les électeurs latinos mardi, contre cinq points seulement pour Kamala Harris en 2024.
Vote massif des jeunes latinos
En Californie, les Latinos ont contribué à l'élection du gouverneur démocrate Xavier Becerra. Au Texas, ils ont aidé à porter au pouvoir Gina Hinojosa, fille d'immigrés mexicains, mettant fin à trois décennies de domination républicaine dans cet État.
La démocrate a rendu hommage à sa grand-mère, qui lui répétait : «no te dejes» (ne te laisse pas faire). «Cette année, nous l'avons mis en pratique et nous avons changé cet Etat. Cette victoire est la vôtre et la leur», a-t-elle lancé après sa victoire. Selon le centre de recherche CIRCLE de l'université Tufts, à Boston, 70% des Latinos âgés de 18 à 29 ans ont voté pour des candidats démocrates à la Chambre des représentants.
En Floride, les républicains ont résisté à la vague démocrate, mais de justesse. Viviana Castro. Cette retraitée de 67 ans originaire du Venezuela vit à Miami et affirme être «fière» d'avoir voté contre Donald Trump.
«La manière dont il traite les immigrés n'est ni très éthique, ni très morale, ni digne d'un être humain», explique-t-elle. Pour Yadira Sanchez, directrice exécutive de l'organisation Poder LatinX, l'heure n'est plus aux «no sabo», mais à une génération «Yo Sí Voto» (Moi, je vote).