En bref
- Charles Adams salue une victoire démocrate qu’il juge historique et surtout due au rejet de Donald Trump
- Il prévoit des relations Suisse-Etats-Unis plus constructives, notamment sur les droits de douane et Genève
- L’ex-ambassadeur y voit une revanche personnelle et envisage de réintégrer la diplomatie américaine
C'était le chouchou genevois de Barack Obama. Charles Adams, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Finlande de 2015 à 2017, vit depuis plusieurs décennies à Genève. Il a notamment organisé dans la cité de Calvin des levées de fonds pour l'ancien président démocrate, avec un invité de marque: George Clooney en personne! Et ce mercredi 4 novembre, ce fervent démocrate ne cache pas sa joie après la victoire de son camp aux élections de mi-mandat et la gifle infligée au parti de Donald Trump.
Pour cet avocat américain spécialisé dans l'arbitrage international, cette déroute républicaine a aussi un goût de revanche personnelle. Mais elle marque surtout, à ses yeux, un tournant historique, y compris dans les relations entre Berne et Washington. Dans un entretien accordé à Blick depuis Helsinki, Charles Adams livre son regard sans concession sur Donald Trump, évoque les conséquences de cette victoire pour la Suisse et confie même envisager un retour dans la diplomatie américaine.
Charles Adams, les démocrates ont repris le contrôle des deux chambres du Congrès. Que vous inspire cette victoire?
Ohlala! Je suis aux anges. C’est une véritable exaltation. C’est un tsunami démocrate inespéré et inattendu. Quand on voit des démocrates élus dans le fin fond du Mississipi, dans l’Iowa et dans des terres républicains, rouge depuis des décennies, c’est vraiment un phénomène d’une importance historique très considérable.
Vous attendiez-vous à une victoire d'une telle ampleur?
Je suis resté toute la nuit éveillé, à suivre ça de très près. Je donnais 51% de chance aux démocrates de l’emporter au Sénat. Je n’envisageais pas une telle déroute républicaine. C’est au-delà de mes espoirs les plus fous.
Allez-vous célébrer cette victoire?
Oui absolument! Là, je suis à Helsinki. Je vais rentrer demain matin très tôt. Normalement, il était prévu que je passe par Paris. Mais il y a une grève générale en France vendredi. J'allais donc être prisonnier là-bas. Je rentre directement à Genève demain matin. J'aurai le week-end pour réunir des amis et célébrer tout ça comme il se doit. Et j’envisage d’ici la fin de l’année de réunir un certain nombre de mes compatriotes pour fêter cette victoire.
Les démocrates ont-ils retrouvé la confiance des Américains ou profitent-ils surtout du rejet de Donald Trump?
C'est surtout le rejet de Trump. C'est clairement une répudiation de sa personne, car les démocrates, à vrai dire, n'ont pas proposé de programme particulier. Ils n'ont pas dit: «On va procéder à telle ou telle réforme.» C'est surtout le fait que le peuple américain a compris à quel point le président en exercice est exécrable, est cinglé et nous a menés de catastrophe en catastrophe. Et tout ça va être corrigé. Remarquez, il reste encore sept semaines jusqu'au 1er janvier. Dieu sait ce qu'il est capable de faire d'ici là. On n'est pas encore tout à fait sortis de l'auberge.
Donald Trump a félicité les démocrates et s'est dit prêt à travailler avec eux. Une réaction surprenante de sa part. Comment l'interprétez-vous?
Je crois qu'il faut s'en méfier. Le personnage n'ayant pas l'intégrité de ses capacités mentales, est parfaitement capable, d'un moment à l'autre, d'ordonner la reprise du bombardement de l'Iran ou toute sorte d'escalade. Mais sa première réaction a été plus ou moins civile et civilisée. Ça, on peut le reconnaître.
Donald Trump a d'ailleurs rappelé ce matin encore qu'il pourrait utiliser son pouvoir de veto contre les démocrates. Pensez-vous qu'il faut s'attendre à deux années de blocage politique à Washington?
Probablement, oui. Mais ce qui est plus important, c'est que les démocrates sont en mesure de bloquer toute une série d'initiatives de Trump et de revenir en arrière, notamment sur les tarifs douaniers et d'autres initiatives malencontreuses.
Justement, cette victoire des démocrates peut-elle aussi changer la donne dans les relations entre la Suisse et les Etats-Unis?
Absolument. Ça va se ressentir tout de suite. La Suisse a fait preuve d'énormément de patience, de trop de patience du point de vue d'un certain nombre de Suisses qui auraient voulu une réaction plus vigoureuse de la part du gouvernement face aux provocations et aux dérives américaines, notamment en matière de tarifs douaniers. Mais tout ça appartient au passé. Je me réjouis du fait que les relations vont être beaucoup plus constructives dans les temps à venir.
Le nouveau président de la Commission sénatoriale des Affaires étrangères sera mon ami Chris Coons, que j'avais reçu à Genève l'an passé, à son retour de la Conférence de Munich sur la sécurité. Il connaît bien Genève. Il soutient la notion des Nations unies et de la Genève internationale. C'est une très bonne chose.
Vous avez été un fervent soutien de Barack Obama. Quel regard portez-vous sur son engagement durant cette campagne pour les élections de mi-mandat?
Barack Obama a été magnifique ces dernières semaines dans ses interventions de soutien aux différentes candidatures démocrates. Ça m'a fait énormément plaisir de le voir se lâcher, puisqu'il avait fait preuve, comme l'oblige un peu la coutume en la matière de se taire par rapport aux actions de son successeur. Et là, il a dit les choses qu'il fallait haut et fort. Et je crois que le parti démocrate, lui en est très reconnaissant.
Avez-vous encore des contacts avec l'ancien président?
Oui, oui. A travers différentes personnes interposées, mais oui.
Après ces élections, êtes-vous plutôt optimiste pour l'avenir de la démocratie américaine?
Oui, je l'affirme. J’avais très, très peur que nous soyons entraînés dans une spirale vers le fascisme. Que l’Amérique se retrouve exactement là où se trouvait l’Allemagne en 1933. Et je crois que là, on s'est arrêtés juste au bord du précipice. Il faut véritablement s'en réjouir.
Durant ces deux dernières années, aviez-vous le sentiment de ne plus reconnaître votre pays?
Oui, absolument. A tel point que ça me gênait d'y mettre les pieds.
Donald Trump avait mis brutalement fin à votre mandat d'ambassadeur en Finlande. Cette victoire démocrate a-t-elle pour vous un goût de revanche?
Oui, d'autant plus que, ma foi, il n'est pas totalement exclu que je puisse, à titre personnel, envisager un autre tour de piste.
Vous envisagez donc de redevenir ambassadeur américain en cas de victoire démocrate à la présidentielle de 2028?
Il est même concevable qu'on n'ait pas à attendre jusqu'en 2028. Je crois que les démocrates sont aujourd'hui en position de proposer à Trump un certain remaniement, notamment dans certains postes occupés par des personnages inadéquats, en proposant des nominations davantage adaptées aux pays dont il s'agit. Ça, c'est un fantasme. Un fantasme qui, depuis ce matin, devient envisageable.
Avez-vous déjà entrepris des démarches pour réintégrer la diplomatie américaine?
Ce sera dans les prochaines semaines, oui. J'envisage de lancer un certain nombre d'initiatives qui partent de l'idée que, désormais, les démocrates, à travers la commission sénatoriale des affaires étrangères, auront leur mot à dire. Je vais avoir l'occasion d'investiguer les possibilités de réintégrer les rangs de la diplomatie américaine sans attendre 2028.