Le procureur général de Hongrie, nommé sous le nationaliste Viktor Orban, a annoncé sa démission mercredi, accusant le nouveau gouvernement hongrois dirigé par le conservateur pro-européen Peter Magyar d'être à l'origine de sa décision. «Le fonctionnement et l'indépendance du parquet ne doivent, en aucun cas, être compromis par les luttes honteuses et politiquement motivées entourant le procureur général», a déclaré Gabor Balint Nagy dans un communiqué, dénonçant des «attaques» le visant, qui «sont allées bien au-delà des limites d'un débat professionnel et public acceptable».
Gabor Balint Nagy a précisé avoir demandé à ce que son mandat prenne fin le 25 août. Sa démission intervient quelques jours après que le président hongrois Tamas Sulyok, un autre proche d'Orban, a accepté de signer un amendement constitutionnel mettant fin à son mandat de façon prématurée.
Depuis que Peter Magyar a délogé Viktor Orban du pouvoir qu'il occupait depuis 16 ans, il s'est attelé à démanteler le système mis en place par le dirigeant nationaliste pour verrouiller les institutions du pays en sa faveur, avec notamment le vote d'une loi anticorruption et le lancement d'une refonte des médias publics.
«Messieurs, à qui le suivant?»
Il a aussi appelé «toutes les marionnettes nommées par le système Orban à des postes clés» à démissionner. «Partez, partez, n'attendez pas que nous vous chassions», leur avait-il lancé le 13 avril, au lendemain de la victoire écrasante de son parti Tisza aux législatives.
Mercredi, il a salué la démission de Gabor Balint Nagy, estimant que «le pays s'est débarrassé d'une autre marionnette d'Orban qui faisait obstacle à la transition démocratique», sur Facebook. «Messieurs, à qui le suivant?», a-t-il ajouté. Gabor Balint Nagy a nié toute partialité politique.
Il avait été nommé l'an dernier pour un mandat de neuf ans, après avoir précédemment occupé le poste de chef de cabinet de son prédécesseur, Peter Polt, un allié de Viktor Orban. M. Polt a quitté le ministère public pour prendre la tête de la Cour constitutionnelle, mais son mandat prendra fin prématurément en raison de l'amendement constitutionnel récemment adopté qui fixe à 70 ans l'âge limite de ses juges.
Perquisitions
L'annonce de Gabor Balint Nagy intervient au lendemain d'une perquisition menée par le parquet de la région de Bács-Kiskun (sud) dans un centre de données hébergeant les serveurs du Fidesz, le parti de Viktor Orban, en raison de soupçons de corruption en lien avec l'utilisation de fonds destinés à la culture.
Mercredi, Viktor Orban a accusé les procureurs de mener un simulacre d'enquête pour justifier la saisie de ces bases de données. «Il s'agit d'une procédure judiciaire à motivation politique visant à rendre le Fidesz - qui a indiscutablement survécu à cette lourde défaite politique et qui se renforce - juridiquement non viable», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Le Fidesz a dénoncé les réformes du gouvernement Magyar comme «autocratiques», une accusation souvent portée contre l'ancien Premier ministre durant ses mandats.