La Suisse comme observatrice
Trump n'a pas tout faux avec son «Board of Peace»

Le président des Etats-Unis déteste, on le sait, l'ONU et les organisations multilatérales. Son idée d'associer dans son «Board of Peace» lançé ce jeudi 19 février des pays pour mettre fin à des conflits et reconstruire peut toutefois s'avérer bénéfique.
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Le conseil de la paix de Donald Trump est avant tout composé de pays désireux de plaire aux Etats-Unis.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Trump n'a pas tout faux. Et c'est bien pour cela que l'Union européenne et la Suisse seront représentées, comme observateurs, lors du lancement officiel de son «Board of Peace» (Conseil de la paix) ce jeudi 19 février à Washington. Une trentaine de pays ont en revanche accepté d'en faire partie autour des États-Unis, dont Israël, l'Indonésie, le Maroc, la Turquie, l'Arabie saoudite, le Vietnam ou le Kazakhstan. Du côté européen, seuls deux États ont répondu présent: la Hongrie dirigée par le Premier ministre pro-Trump Viktor Orbán, et la Bulgarie. «La question d'une éventuelle adhésion formelle de la Suisse au Board of Peace sera examinée ultérieurement par le Conseil fédéral», a indiqué Berne.

Pourquoi Trump n'a pas tout faux?

Il ne faut pas oublier que l'objectif assigné à ce «Board of Peace» par le président des États-Unis est d'abord d'accompagner la reconstruction envisagée de la bande de Gaza, et de consolider la paix américaine au Moyen-Orient. «Pax Americana», paix américaine: c'est le mot qui compte à l'heure où les États-Unis renforcent leur armada aéronavale dans la région du Golfe, avec l'arrivée attendue d'un second porte-avions, l'USS Gerald Ford (auparavant déployé au large du Venezuela). Après avoir obtenu l'approbation par le Hamas et par Israël, le 9 octobre 2025, de son plan de paix pour le territoire palestinien, Trump entreprend de consolider son processus en impliquant des pays susceptibles de payer la facture, de déployer des troupes ou de consolider le nouvel équilibre régional. Passer par l'ONU impliquait un débat au Conseil de sécurité et revenait à s'exposer au veto de l'un des 5 membres permanents de celui-ci (Russie, Chine, France, Royaume-Uni, États-Unis). Ce «Board of Peace» est le service après-vente de l'accord sur Gaza.

Pourquoi ce «Board of Peace» intéresse?

Deux types de pays se retrouvent dans ce «Conseil de la paix» qui devrait, en théorie, devenir le véhicule privilégié pour les futures initiatives internationales de Donald Trump. Les premiers sont les pays du Moyen-Orient directement intéressés ou impliqués par l'après-guerre à Gaza: Égypte, Turquie, Qatar, Israël bien sûr, mais aussi des pays musulmans prêts à apporter leur concours, comme le Maroc, l'Indonésie, le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan ou l'Ouzbékistan. Seconde catégorie: des pays émergents dirigés par des amis de Donald Trump, ou soucieux de le ménager. C'est le cas du Vietnam ou du Cambodge pour l'Asie du Sud-Est, ou de l'Argentine de Javier Milei pour l'Amérique du Sud. Ce Conseil, ne l'oublions pas, sera dirigé par un «Executive Board» de huit personnes, présidé par Trump en personne. Être dans ce Conseil, c'est donc faire partie de la famille.

Pourquoi les Européens veulent voir?

Le boycott pur et simple aurait été une erreur diplomatique. La Suisse l'a bien compris. Le statut d'observateur, qui n'était pas prévu au départ, va donc leur permettre de suivre les débats du Conseil, sans s'impliquer. Mais jusqu'à quand Trump, qui accorde tant d'importance aux loyautés personnelles, va-t-il accepter cela? Surtout lorsque deux pays de l'Union européenne, la Hongrie et la Bulgarie, ont, eux, accepté de siéger. Le président des États-Unis peut-il continuer d'ouvrir la porte de sa nouvelle institution à une envoyée européenne de second rang, en l'occurrence cette fois à Washington la commissaire chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica? Très vite, les affaires risquent de se corser pour les pays du Vieux Continent, qui restent les principaux bailleurs de fonds des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie (plus de 1,6 milliard d'euros d'aide depuis 2023).

Pourquoi Trump peut contourner l'ONU?

L'objectif du «Board of Peace» est connu: délégitimer l'Organisation des Nations unies qui, pour Trump, ne remplit pas son rôle et se retrouve aujourd'hui de plus en plus dominée par la Chine. Va-t-il réussir? En la matière, un seul chiffre compte: celui des financements dont disposent les agences de l'ONU. Car sans argent, pas de programmes, pas d'actions sur le terrain, pas de légitimité. Or qu'ont fait les États-Unis le 8 janvier 2026? Ils se sont retirés de 66 organisations internationales «inutiles, inefficaces ou nuisibles» (les termes sont ceux du communiqué du département d'État). «Nous estimons que ces institutions étaient redondantes dans leur champ d'action, mal gérées, inutiles, source de gaspillage, mal administrées, soumises à l'influence d'acteurs poursuivant leurs propres objectifs contraires aux nôtres, ou constituaient une menace pour la souveraineté, les libertés et la prospérité générale de notre pays. Il n'est plus acceptable d'envoyer à ces institutions le sang, la sueur et les trésors du peuple américain, sans rien obtenir ou presque en retour», explique le texte. Parmi celles-ci figurent la CNUCED (Commerce et développement) ou le Fonds des Nations unies pour la population.

Pourquoi Trump peut gagner?

Parce que la paix version Trump est d'abord une affaire de business. Selon la Maison-Blanche, les pays membres du «Board of Peace» ont déjà promis 5 milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza. Autre initiative: la construction, dans le territoire palestinien, d'une base militaire qui, selon le Guardian, pourrait abriter 5 000 soldats de la future force multinationale. Cette force pourra-t-elle désarmer le Hamas? C'est très peu probable. Mais du fait qu'ils se retrouvent dans la même organisation, des pays comme la Turquie, le Qatar, Israël ou l'Arabie saoudite vont devoir travailler ensemble. Ce Conseil est peut-être l'incubateur de la paix trumpiste, qui consiste à reprendre le plus vite possible le chemin d'une normalité synonyme d'investissements, de business et de «deals».

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