Ils forment un duo. Un tandem. Ils sont les émissaires personnels de Donald Trump pour les conflits. Preuve de l'importance acquise par Genève sur le plan diplomatique ces jours-ci, à la fois sur le dossier de l'Iran et sur celui de l'Ukraine, Jared Kushner et Steve Witkoff ont établi leurs quartiers à l'hôtel Intercontinental.
Le premier est le gendre de Donald Trump. Le second a longtemps été l'associé du président des États-Unis en affaires immobilières, à New York. Sont-ils des diplomates chevronnés? Non. Au contraire. L'un comme l'autre ont pour seule mission de conclure des accords «vendables» à l'opinion publique américaine. «Attention, Genève peut devenir le théâtre des fausses paix de Trump, un bal des illusions diplomatiques», prévient un ancien ambassadeur suisse, inquiet de voir le siège européen des Nations unies devenir synonyme de pourparlers ratés.
Négociations parallèles
Pour l'ouverture des deux négociations parallèles, sur l'Iran et l'Ukraine, Ignazio Cassis était présent. Le chef du Département fédéral des affaires étrangères est néanmoins un spectateur. Il l'a d'ailleurs admis à la Conférence sur la sécurité de Munich. La Suisse et Genève sont en quelque sorte des décors. Ce qui compte se joue en coulisses, dans les salons de l'Intercontinental et dans les missions permanentes des pays concernés auprès de l'ONU, au sein desquelles travaillent des diplomates roués aux plus délicates discussions. Un nouveau participant a rejoint le duo américain pour les négociations iraniennes qui, dit-on, tournent aujourd'hui autour d'un accord sur le nucléaire: le ministre des Affaires étrangères du sultanat d'Oman, Sayyid Badr bin Hamad Al Busaidi. L'homme a été pris en photo avec Kushner et Witkoff en train de partager un repas.
Mais le plat de résistance est rude, car en face, la délégation iranienne dirigée par le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi s'emploie avant tout à ralentir le rythme des pourparlers. Bref, à jouer la montre. Un autre acteur clé du Moyen-Orient s'est ajouté à leurs échanges mardi 17 février: le conseiller qatari aux affaires stratégiques (il a rang de ministre), Ali al-Thawadi, impliqué depuis l'arrivée de l'administration Trump dans les tractations sur le dossier israélo-palestinien qui ont abouti à la création du Board of Peace (BoP), le nouvel organe que le président des États-Unis inaugurera ce jeudi 19 février à Washington aux côtés de plusieurs chefs d'État ou de gouvernement étrangers.
Européens de l'ombre
Deux Européens accompagnent discrètement le processus sur l'Iran. Deux hommes de l'ombre: le Français Paul Soler, ancien militaire des forces spéciales, et le conseiller britannique à la sécurité nationale Jonathan Powell. Fait capital: ces deux-là sont aussi très impliqués dans les pourparlers entre l'Ukraine et la Russie. Les émissaires du Kremlin sont emmenés par l'historien nationaliste et ex-ministre de la Culture Vladimir Medinski, et par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Galouzine.
Ils ne sont arrivés que mardi matin, la délégation ukrainienne étant déjà présente. Sont aussi présents, côté américain, le secrétaire à l'Armée Daniel Driscoll et le commandant en chef de l'OTAN, Alexus Grynkewich, également patron des forces américaines en Europe. Il a affirmé que Moscou devait être «tenue pour responsable» de ces attaques incessantes, qui, selon lui, sapent les efforts américains en faveur de la paix.
«Nous avons accepté toutes les propositions réalistes des États-Unis, à commencer par celle d’un cessez-le-feu inconditionnel et de longue durée», a averti d'emblée, depuis Kiev, le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Le chef de la délégation ukrainienne, Rustem Umerov, a publié sur les réseaux sociaux des photos des trois délégations réunies autour d’une table en forme de fer à cheval, les représentants ukrainiens et russes étant assis face à face, devant les drapeaux américain, russe, ukrainien et suisse.