En bref
- J. D. Vance accuse la guerre contre l’Iran d'être responsable de la défaite lors des élections de mi-mandat, alors que Trump la défend
- Malgré les critiques, Trump reste fidèle au ministre de la Guerre Pete Hegseth, tandis que le républicain Thomas Massie veut imposer une procédure de destitution
- Les chefs militaires sont également dans le viseur
«La raison pour laquelle nous avons perdu, c’est la guerre.» J. D. Vance n’a pas mâché ses mots sur X au lendemain des élections de mi-mandat. Dans une analyse déclinée en quatorze paragraphes, le vice-président américain a livré son point de vue de la claque républicaine.
Donald Trump lui a donné raison mercredi, reconnaissant que la guerre avait provoqué une hausse à court terme des prix de l’essence. Mais le président américain a nuancé devant les journalistes: «Si c’était à refaire, je le referais. A long terme, c’est la seule solution. On ne peut pas laisser l’Iran disposer de l’arme nucléaire.»
Il n'est pas étonnant que Donald Trump approuve l'analyse de la débâcle électorale de son vice-président. Pour autant, ils semblent en tirer des conséquences différentes. Alors que Donald Trump estime toujours la guerre contre l’Iran incontournable, Vance plaide pour y mettre rapidement un terme.
Les déclarations de J. D. Vance mettent également en lumière une réalité désormais difficile à masquer: le camp Trump se fissure. Les désaccords portent sur la suite à donner à la guerre contre l’Iran, sur la responsabilité des frappes dans un conflit que de nombreux Américains désapprouvent, mais aussi sur la question de savoir qui prendra les rênes de l’avenir républicain.
Les républicains se plaignent de Pete Hegseth
Un homme en particulier sème la discorde: Pete Hegseth, le ministre de la Guerre. Depuis plusieurs semaines, les démocrates réclament des comptes à l’un des plus fervents partisans de la guerre contre l’Iran et brandissent la menace d’une destitution. Les critiques fusent également depuis les rangs républicains. Interrogé par Jonathan Karl, correspondant d’ABC News, Donald Trump a reconnu avoir reçu des plaintes visant Pete Hegseth. Mais il a assuré avoir la «ferme intention» de le maintenir à son poste.
Le limogeage du ministre de la Guerre ne soulagerait Donald Trump que brièvement: même si Pete Hegseth était écarté, la controverse fondamentale sur la guerre et la question de la responsabilité du président dans son déclenchement subsisteraient.
Thomas Massie exige une destitution
Pete Hegseth n’est pas le seul à risquer de faire les frais de cette guerre controversée. Des responsables militaires sont eux aussi dans le viseur. Selon des sources proches de l’administration Trump citées par le «Washington Post», le président pourrait plutôt se séparer du chef d’état-major Dan Caine ou de l’amiral Brad Cooper.
Quelles options militaires avaient été présentées à Donald Trump? Quels objectifs étaient jugés réalistes et dans quels délais? Et qui doit répondre de l’écart entre les ambitions politiques et les réalités du terrain? Autant de questions auxquelles les démocrates ne sont pas les seuls à exiger des réponses.
Le député républicain Thomas Massie a déjà déposé, en septembre, une plainte en destitution contre Pete Hegseth. Il entend désormais imposer un vote à ce sujet dès la semaine prochaine, rapporte la plateforme d’information Roll Call. Une telle procédure pourrait notamment permettre aux parlementaires d’examiner les décisions prises par le ministre. Parmi les huit chefs d’accusation avancés par Thomas Massie figure notamment le fait d’avoir engagé les Etats-Unis dans la guerre contre l’Iran sans avoir obtenu l’aval nécessaire du Congrès.
J. D. Vance dans une posture délicate
Thomas Massie détonne au sein des rangs républicains. Loin d’être un élu MAGA classique, il a perdu la primaire face à un candidat soutenu par Donald Trump et quittera donc prochainement le Congrès. Ces derniers mois, notamment dans le cadre du scandale Epstein, il n’a cessé de critiquer ouvertement le président et plusieurs membres de son administration, exigeant des comptes.
Aujourd’hui, c’est au tour de J. D. Vance, pourtant l’un des plus fidèles alliés de Donald Trump, de questionner la guerre contre l’Iran. Mais le vice-président se trouve dans une position plus inconfortable que Thomas Massie: membre de l’administration qu’il tient désormais pour responsable de la défaite électorale, il doit aussi composer avec ses propres ambitions politiques. Son nom est en effet déjà associé à la prochaine course à la Maison Blanche, en 2028.
Que prépare J. D. Vance?
Cet été, J. D. Vance défendait l’idée qu’une refonte en profondeur du Moyen-Orient pouvait justifier la guerre. Ses déclarations après les élections de mi-mandat traduisent-elles un scepticisme qui s’est installé progressivement ou une volonté de prendre ses distances avec Donald Trump après la défaite électorale, afin de préparer son propre renouveau politique?
Thomas Massie pourrait forcer les républicains à se prononcer sur le sort de leur propre ministre de la Défense. Pete Hegseth risque de perdre son poste et les généraux pourraient devoir s’expliquer devant les démocrates lors d’auditions parlementaires. Mais une question de fond demeure: comment J. D. Vance compte-t-il incarner un nouveau visage républicain en 2028, après l’ère Trump, alors qu’il a lui-même longtemps défendu la politique du président?