En bref
- Après la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat, la résistance à Trump grandit chez les républicains
- Le vice-président J. D. Vance tient la guerre de Trump contre l’Iran pour responsable de la défaite et prend ses distances
- L’expert Adorf s’attend à ce que Trump perde de l’influence et que le camp du MAGA se divise en plusieurs courants
Après la victoire écrasante des démocrates aux midterms, une mutinerie ouverte éclate chez les républicains. Du jour au lendemain, Donald Trump est devenu un véritable poison politique dans ses propres rangs. Même ses lieutenants les plus fidèles prennent ostensiblement leurs distances. En première ligne: son vice-président J. D. Vance, qui impute directement cette cuisante défaite à la guerre menée par Donald Trump contre l’Iran de sa propre initiative.
Le socle du mouvement MAGA vacille sur ses bases. Pour les conservateurs américains, l’heure des comptes a sonné: quiconque espère survivre politiquement doit agir sans tarder. Plusieurs figures de premier plan osent désormais critiquer ouvertement le président après ce fiasco électoral:
- J. D. Vance a écrit sur X: «Tout le monde sait pourquoi nous avons perdu. Et toute discussion sur l'avenir doit impérativement commencer par là.»
- Ron DeSantis, gouverneur de Floride, a comparé le choc des urnes à l’impact d’une comète: «Il s'agit d'un rejet sans équivoque du président et du Congrès.»
- Ted Cruz, sénateur du Texas, a qualifié la déroute de véritable «bain de sang» et mis en garde contre cette «vague bleue». Selon lui, la cause ne réside pas dans une abstention militante, mais bien dans un rejet délibéré des candidats républicains par les électeurs.
- Matt Walsh, podcasteur ultraconservateur influent, a fustigé une «catastrophe politique d’une portée historique», réduisant Donald Trump à un «président de 80 ans désormais transformé en canard boiteux».
- Alex Jones, chef de file des sphères complotistes aux Etats-Unis, accuse même Donald Trump d'être un démocrate infiltré: «Je suis désormais en guerre totale contre Trump.»
La malédiction des élections
Le fait que le vice-président Vance dénonce publiquement la guerre au Moyen-Orient comme une faute stratégique consacre une rupture définitive. J. D. Vance doit pourtant l'ensemble de son ascension politique à la bienveillance du magnat new-yorkais. Mais le quadragénaire fait preuve d'un pragmatisme froid: rester inféodé à son mentor pourrait lui coûter cher en 2028. Une fidélité aveugle qui risquerait de réduire à néant ses ambitions présidentielles.
Au cours des deux dernières années de son mandat, un président américain voit traditionnellement son autorité s'éroder. Le parti se projette inévitablement vers l'échéance suivante. Philipp Adorf, spécialiste des Etats-Unis à l’Université de Bonn, décrypte cette bascule: «Trump a bousculé plusieurs règles immuables du système politique américain. Mais lui non plus ne pourra sans doute pas échapper à l’effritement progressif de son pouvoir au crépuscule de sa présidence.»
Des prétendants déclarés comme Ron DeSantis mesurent parfaitement à quel point le bilan présidentiel est devenu toxique auprès des électeurs modérés. «Ils doivent marquer leurs distances avec certains choix politiques sans pour autant heurter la base dure du MAGA», souligne Philipp Adorf. Les futurs candidats au Congrès feront face au même casse-tête: réussir à s’émanciper de Donald Trump sans subir la foudre du patriarche. Le politologue en est persuadé: «L'emprise de Trump sur sa propre formation va inexorablement décliner.»
Le MAGA se divise
Cette gifle électorale ébranle l'armature du trumpisme sans pour autant provoquer sa disparition. Depuis de longues années, le socle républicain s’alimente de ressentiments enracinés et d'angoisses de déclassement social. Des leviers que Donald Trump a su capter et galvaniser avec un sens politique redoutable, mais qui lui survivront largement.
D'après Philipp Adorf, cette base continuera de dicter le tempo à l'avenir, mais se fragmentera en plusieurs chapelles rivales: pendant que des concurrents comme J. D. Vance et Ron DeSantis se disputeront l'héritage de Trump et fractureront les troupes, une troisième voie pourrait émerger – à l'image du secrétaire d’Etat Marco Rubio. «Rubio ne se pose absolument pas en adversaire du MAGA, mais il apparaît nettement moins ancré dans les franges les plus radicales du mouvement», analyse le chercheur.
Et l'expert de conclure: «Grâce à ses prérogatives constitutionnelles étendues, Trump demeure un acteur central doté de pouvoirs réels. Mais l’âge d’or de son omnipotence politique appartient désormais au passé.»