En bref
- Le 3 novembre 2026, les élections de mi-mandat ont donné le contrôle du Congrès américain aux démocrates, mettant Donald Trump face à une opposition accrue.
- Malgré cette défaite politique, la Maison-Blanche prévoit de poursuivre son programme via décrets et vetos présidentiels.
- La Maison-Blanche explore des mesures exécutives, notamment sur l'immigration, les droits de douane et la santé, pour contourner un Congrès hostile. Trump pourrait également intensifier la confrontation institutionnelle, notamment à travers des batailles juridiques.
Ceux qui prédisent une bataille rangée entre Donald Trump et le futur 120e Congrès des Etats-Unis à majorité démocrate ont de bonnes raisons d'envisager ce scénario. Dès les premiers résultats des élections législatives de mi-mandat, qui lui ont infligé une cuisante défaite, le président américain a publié sur son réseau social une casquette rouge ornée du mot «Veto» pour bien signifier qu'il résistera aux futurs projets de loi qui lui seront présentés.
Restent les faits: Trump a besoin de préparer sa postérité. Il n'a pas intérêt au conflit permanent, puisqu'il ne pourra pas se représenter en 2028.
Profiter des deux prochains mois
Premier acte de cette seconde moitié de présidence, Donald Trump va d'abord profiter au maximum des deux mois qui lui restent jusqu'à la prise de fonction de ce 120e Congrès à majorité démocrate (dans les deux chambres), le 3 janvier 2027. Cela vaut notamment pour les frappes sur l'Iran, pour lesquelles l'état-major lui a présenté des plans ces derniers jours.
Trump est, rappelons-le, sous pression de Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien, qui a perdu sa majorité à la Knesset le 27 octobre, mais demeure en position de force (son parti, le Likoud, est arrivé premier), veut «finir le job».
Or Trump y a aussi intérêt. Mais comment finir ce job, puisque le régime iranien est bien plus solide que ne l'avaient anticipé les services de renseignement israéliens et américains?
Le plus probable est que les frappes se concentreront sur les installations nucléaires présumées du régime de Téhéran, notamment la fameuse «montagne de la pioche». Malgré l'existence d'un canal de communication entre les Etats-Unis et l'Iran, via le Qatar, la reprise des bombardements pourrait intervenir très vite.
Deuxième acte pour Donald Trump : consolider son héritage en matière de lutte contre l'immigration. Sa promesse de traquer les immigrants clandestins et de fermer la frontière avec le Mexique a été tenue.
C'est la brutalité de l'agence fédérale ICE qui a été remise en cause par les électeurs. Le président devrait donc charger son «tsar» anti-clandestins, Tom Homan, d'avancer avec le projet d'une loi destinée à inscrire durablement dans le droit ses mesures contre l'immigration clandestine.
Cette loi pourrait être présentée au 119e Congrès, avant qu'il soit remplacé. Difficile, pour les démocrates, de ne pas se montrer fermes sur ce terrain. Il est probable, en revanche, que les rafles de l'ICE vont décroître dans les semaines à venir.
Bras de fer commercial
Troisième champ d'intervention pour Trump: le bras de fer commercial qu'il mène avec le monde entier. Sur ce sujet, deux rendez-vous prochains sont cruciaux pour le locataire de la Maison-Blanche: le sommet de l'APEC (qui réunit les dirigeants de l'Asie-Pacifique, dont les Etats-Unis) les 18 et 19 novembre à Shenzhen, en Chine.
Puis le sommet du G20 à Miami, en Floride, du 14 au 19 décembre. Trump doit absolument obtenir, avant la fin de l'année, un «deal» commercial durable avec la Chine. Il veut préserver sa politique protectionniste.
A noter: Vladimir Poutine sera présent à Shenzhen, et le président russe est invité en Floride. D'où l'idée de Donald Trump de réunir, sur le sol américain, les présidents Zelensky et Poutine. Sauf que les démocrates, désormais majoritaires, veilleront à ce que l'exécutif américain ne se couche pas devant la Russie.
Quatrième domaine: la négociation budgétaire. Là, Donald Trump se retrouve en position difficile. Les démocrates, en obtenant la majorité dans les deux chambres du Congrès, ont les clés du budget fédéral.
Mais attention, un «deal» est possible. Trump veut, par exemple, augmenter le budget de l'armée de 900 à 1 500 milliards de dollars par an, pour conserver une supériorité militaire écrasante. Trump veut aussi que les coupes décidées dans le budget fédéral, via des suppressions d'agences comme USAID, ne soient pas remises en cause.
Il pourrait donc s'engager vite dans un «donnant-donnant», en examinant les propositions des démocrates en matière d'assurance-maladie. La santé est devenue un terrain de confrontation majeur: coût des assurances, accès aux soins, dépenses fédérales et prix des médicaments.
Peur de la destitution
L'idée d'un bras de fer de deux ans avec les démocrates ne tient pas compte d'une nécessité: Trump ne veut pas être visé par une nouvelle procédure de destitution. Il va chercher à soigner son image, avant d'abandonner le pouvoir exécutif en janvier 2029.
Ceux qui l'encourageaient à réfléchir à la possibilité de se présenter pour un troisième mandat (interdit par la Constitution), comme Steve Bannon, sont devenus inaudibles ce 3 novembre. Il est possible que Donald Trump prenne aussi ses distances avec ses successeurs potentiels: le vice-président JD Vance et le secrétaire d'Etat Marco Rubio. On le voit mal, en revanche, ne pas protéger sa famille, qui s'est considérablement enrichie ces deux années passées.
Donald Trump va, en fait, faire ce qu'il fait de mieux : agir en fonction de ses intérêts personnels. Ce qui risque d'accroître les défections au sein du mouvement MAGA et du Parti républicain dans les mois à venir.