Elle s'appelait Rema Begum, elle avait 20 ans et voulait devenir médecin. L'étudiante indienne en rêvait tant que lorsqu'en mai dernier l'examen d'entrée à la faculté qu'elle venait de passer a été invalidé à cause de fraudes, elle a mis fin à ses jours.
Comme elle, une vingtaine d'autres candidats se sont donné la mort dans la foulée de cette annulation. Ce scandale a fait exploser la colère des étudiants, mobilisés depuis cinq jours dans les rues du centre de New Delhi pour exiger la démission du ministre de l'Education Dharmendra Pradhan. Un mois après le suicide de sa fille, son «joyau» dit-il, Rajaul Islam est inconsolable.
«A l'issue de l'examen, elle était convaincue de l'avoir réussi», confie ce modeste poissonnier à l'AFP par téléphone depuis la maison familiale, dans un village de l'Etat de l'Assam, dans l'est de l'Inde. «Mais après l'annonce d'un nouvel examen parce que les sujets avaient fuité, elle est devenue une autre et s'est refermée sur elle-même», poursuit le père.
Malgré tout ses efforts, sa famille n'a rien pu faire pour convaincre la jeune femme qu'elle gardait toute ses chances de réussir, raconte-t-il. «J'avais dépensé beaucoup d'argent pour sa préparation, en l'envoyant pendant deux ans dans des centres de soutien de grandes villes. Elle craignait que tous ses efforts ne soient réduits à néant». Quelques jours avant la date prévue pour la nouvelle épreuve, elle s'est pendue.
«Une sélection impitoyable»
Malgré une croissance économique rapide, des millions de jeunes Indiens peinent chaque année à trouver un emploi, mêmes bardés de diplômes. Pour tous ces jeunes, l'admission dans une faculté de médecine ou une école d'ingénieur publiques demeure le Graal absolu, la voie la plus sûre vers un avenir professionnel sécurisé et vie heureuse. «Mais le nombre d'étudiants qui prétendent à ces places est totalement disproportionné par rapport au nombre d'établissements disponibles», explique G.N. Devy, un spécialiste en pédagogie.
Plus de 2 millions de candidats se sont présentés en mai à la session 2026 de l'examen national d'entrée en médecine, pour seulement 137'000 places disponibles à travers tout le pays. La sélection impitoyable oblige les candidats à suivre pendant des années des préparations privées et chères, un sacrifice pour les familles modestes. Rajesh Kumar, agriculteur dans l'Etat du Rajasthan (nord), a vendu ses terres et contracté un prêt de plus d'un million de roupies (environ 9600 euros) pour que son fils, Pradeep Meena, puisse s'inscrire à un cours de soutien privé pendant trois ans.
«Je travaillais jusqu'à seize heures par jour aux champs pour qu'il puisse suivre ces cours», se souvient Rajesh Kumar, qui n'a lui-même pas fait d'études. «Je pensais que ça en valait la peine s'il devenait médecin, et que je pourrais ensuite mener une vie confortable». Le père se souvient avoir pris Meena, 22 ans, dans ses bras après l'examen, lui disant «même Dieu ne peut plus m'empêcher de devenir médecin désormais». Le lendemain de l'annonce de la fuite et de l'annulation de l'épreuve, il a retrouvé son fils pendu au ventilateur de plafond de sa chambre.
«Il disait avoir bien réussi»
Le même jour, à des centaines de kilomètres de là, dans l'Etat de l'Uttar Pradesh (nord), une autre famille a vécu la même tragédie. Ritik Mishra, 21 ans, qui venait de passer le concours pour la troisième année consécutive, a lui aussi mis fin à ses jours. «Il disait avoir bien réussi l'épreuve», se souvient son père, Anup Kumar Mishra. «Mais le lendemain de l'annonce de la fuite (...) il est parti se donner la mort dans une maison abandonnée». Tous les candidats qui se sont présentés au nouvel examen, sept semaines après le premier, affirment que ce fut une épreuve épuisante.
«C'est très démoralisant», confie Chaitanya Aggarwal, 19 ans. «Vous donnez le meilleur de vous-même et on vous oblige à recommencer». Les enseignants qui préparent les étudiants à ce concours abondent. «Travailler puis passer l'examen est déjà une expérience stressante, le repasser n'est pas une chose facile», estime Abhijit Patra, qui enseigne dans un centre de préparation de Calcutta. «Et c'est encore plus intense quand il est annulé pour cause de fuites».
«Ils se sentent totalement trahis», renchérit le spécialiste G.N. Devy. Le père de Rema Begum souhaite seulement à présent que le gouvernement reconnaisse la gravité de la situation. «Ils devraient comprendre qu'il n'est pas facile pour l'enfant d'une famille pauvre de rêver d'une vie meilleure et de travailler pour réussir».
Ces services sont disponibles 24 heures sur 24:
- Consultation téléphonique de la Main Tendue: téléphone 143 www.143.ch
- Conseil téléphonique de Pro Juventute (pour les enfants et les jeunes): téléphone 147 www.147.ch
Urgences médicales: 144
- Autres adresses et informations: https://www.parler-peut-sauver.ch/
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