Dans une rarissime décision en France, la justice a annulé jeudi la condamnation à la prison à perpétuité de Dany Leprince et ordonné qu'il soit rejugé pour un quadruple meurtre familial en 1994, coup de théâtre dans ce célèbre dossier criminel.
Seule une douzaine de condamnations criminelles ont été annulées en France depuis 1945.
«La Cour de révision et de réexamen juge que deux des éléments susceptibles d'avoir été retenus à charge par la cour d'assises se trouvent fragilisés par des éléments inconnus de la juridiction, ce qui est de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince», a déclaré son président Nicolas Bonnal.
«Il faut que la vérité éclate»
Dany Leprince, 69 ans dont 18 derrière les barreaux, a accueilli la décision les larmes aux yeux et est tombé dans les bras de ses proches au milieu de la chambre criminelle de la Cour de cassation, à Paris.
«Il faut que la vérité éclate», «le combat continue», a-t-il déclaré à la presse, lui qui jouait son ultime recours, quinze ans après avoir essuyé un premier refus de révision.
Aujourd'hui libre, l'ancien employé d'une usine de boucherie clame de longue date son innocence des meurtres de son frère, sa belle-soeur et deux de leurs filles âgées de 7 et 10 ans dans leur maison de Thorigné-sur-Dué, voisine de la sienne, dans le département de la Sarthe (centre-ouest).
La Cour de révision a ordonné que Dany Leprince soit à nouveau jugé lors d'un procès qui se tiendra à Angers, devant la cour d'assises du Maine-et-Loire.
Pour appuyer sa décision, la Cour a retenu d'abord le témoignage de Solène Leprince, la seule rescapée du massacre à l'arme blanche, âgée de 2 ans à l'époque. Devenue adulte, cette femme indique n'avoir aucun souvenir du drame, tandis qu'à l'époque de la procédure des éléments donnaient à penser qu'elle aurait vu Dany Leprince en train de tuer sa famille.
Condamné en décembre 1997
«Je suis brisée d'avoir perdu mes parents et mes soeurs, mais aussi en colère qu'il reste des zones d'ombre aujourd'hui», a déclaré, émue, la survivante à la Cour de révision le mois dernier, devant laquelle elle est venue appuyer la demande de son oncle.
La Cour de révision a ensuite retenu les «pertes de mémoire alléguées» de Martine Compain, femme de Dany Leprince au moment des faits, sur le déroulé de la soirée fatale. Selon des expertises ultérieures, celles-ci pourraient s'avérer être une «simulation».
Agé de 37 ans au moment des faits, Dany Leprince qui avait été qualifié de «boucher de la Sarthe», avait été condamné en décembre 1997 par la cour d'assises de la Sarthe à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans, un arrêt désormais annulé.