Fournisseur de substances létales
Un vendeur de «kits de suicide» plaide coupable de 14 chefs d'accusation

Kenneth Law, un Canadien de 60 ans, a plaidé coupable vendredi à 14 chefs d'accusation d'incitation au suicide. Il aurait vendu des kits mortels dans plusieurs pays, causant des dizaines de décès.
L'ex-cuisinier âgé de 60 ans était accusé d'avoir fourni aux victimes du nitrite de sodium.
Photo: keystone-sda.ch
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AFP Agence France-Presse

Le Canadien accusé d'avoir vendu des «kits de suicide» en ligne dans plusieurs pays a plaidé coupable vendredi de 14 chefs d'accusation d'aide ou d'incitation au suicide, au tribunal de Newmarket en Ontario. «Je plaide coupable» d'avoir aidé au suicide de 14 personnes au Canada, a déclaré Kenneth Law, debout devant la cour. Sa sentence sera déterminée lors d'une audience ultérieure, probablement en septembre.

L'ex-cuisinier âgé de 60 ans était accusé d'avoir fourni aux victimes du nitrite de sodium, une substance légale pouvant être létale à partir d'une certaine dose. Il gérait également plusieurs forums en ligne sur lesquels il prodiguait des conseils pour se suicider à de jeunes personnes en détresse.

Après que l'accusé a plaidé coupable, les procureurs ont lu un document dans lequel Kenneth Law reconnaît avoir expédié des colis à des centaines de personnes, pour des montants d'environ 80$ (69 euros), au Canada et dans divers pays, dont l'Australie, la France, la Belgique et la Grande-Bretagne.

Fils suicidé par un poison fourni par le père

Ils ont aussi détaillé les circonstances des décès, expliquant que les familles des victimes avaient souvent découvert près des corps un paquet contenant du nitrite de sodium expédié par Kenneth Law. Les procureurs canadiens avaient abandonné en avril les accusations de meurtre à son encontre. Ils ont estimé vendredi ne pas disposer d'éléments suffisants pour obtenir une condamnation pour meurtre. La nouvelle qu'il ne serait pas jugé pour meurtre avait été une déception pour de nombreuses familles.

Thomas, le fils de David Parfett, avait 22 ans quand il s'est suicidé en 2021 avec un poison qui aurait été fourni par Kenneth Law. Originaire du Royaume-Uni, où une centaine de suicides étaient potentiellement liés aux forums, Thomas ne fait pas partie des 14 cas canadiens. Son père, qui estime que les autorités canadiennes ont manqué une occasion d'établir la gravité des actes de Kenneth Law en ne le poursuivant pas pour meurtre, milite désormais pour une législation plus stricte quant à ces forums en ligne.

«Si Kenneth Law n'avait pas donné d'instructions détaillées sur la manière de se suicider, mon fils serait probablement encore en vie. Donc, pour moi, c'est un meurtre», a déclaré à l'AFP David Parfett. Dans le document lus par les procureurs, Kenneth Law reconnaît aussi sa responsabilité dans 79 morts survenues en Grande-Bretagne.

«En colère»

L'agence britannique de lutte contre la criminalité (NCA) (National Crime Agency), qui avait ouvert une enquête en 2023, a annoncé vendredi qu'il n'y aurait pas de poursuites en Grande-Bretagne. Mais «le préjudice subi par les victimes (britanniques) sera pris en compte dans la détermination de la peine de Kenneth Law au Canada» et il y sera donc «condamné pour l'ensemble de ses infractions», a-t-elle ajouté.

«Je suis en colère, mais pas surpris», a réagi dans un communiqué David Parfett, en appelant les autorités britanniques à ouvrir une enquête publique. «Si notre propre pays ne jugera personne pour ces morts, le moins qu'il puisse faire c'est de mener une vraie enquête sur la manière dont elles ont été rendues possibles.»

Le fils de Kim Prosser, Ashtyn, s'était donné la mort en mars 2023, quelques semaines à peine avant l'arrestation de Kenneth Law. Celui-ci a plaidé coupable vendredi d'avoir contribué à son suicide. Kim Prosser avait raconté à l'AFP (Agence France-Presse) la terrible douleur ressentie avec la perte de son fils. «Être au tribunal vendredi et m'asseoir là... c'est le début d'un nouveau chapitre dans ce processus de guérison», avait-elle déclaré avant cette audience.

Meurtre ou incitation au suicide

Robert Currie, professeur de droit à l'Université Dalhousie, a expliqué à l'AFP que les procureurs qui souhaitaient juger Kenneth Law pour meurtre s'étaient heurtés à un «vide» juridique. En droit canadien, il n'est pas clairement établi si «le meurtre est une infraction distincte de l'incitation au suicide, ou si un même comportement peut constituer ces deux infractions», a-t-il précisé.

Les magistrats de la Cour suprême du Canada, qui auraient pu se prononcer sur ce point, «ont refusé de clarifier» la question, a ajouté le professeur de droit. Selon les experts, Kenneth Law risque une condamnation de dix à 20 ans de prison au Canada, en fonction du régime de peines – simultanées ou successives. «Compte tenu de la nature odieuse de ce crime, je serais surpris que Kenneth Law n'écope pas d'une peine assez lourde», affirme Robert Currie.

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