Dimanche dernier, les bouchons ont dû sauter à Bruxelles. L’éviction du trublion hongrois Viktor Orbán a offert aux dirigeants de l’Union européenne (UE) une rare occasion de se réjouir. Mais avant même que le Premier ministre ne passe le relais à son successeur pro-européen Péter Magyar le 5 mai, de nouveaux risques apparaissent pour UE.
Dès ce dimanche, un autre dirigeant favorable à Vladimir Poutine pourrait s’imposer dans un pays de l’UE, en Bulgarie. Du point de vue russe, ce profil n’aurait rien à envier à celui d’Orbán. A Bruxelles, l’inquiétude porte aussi sur un autre dirigeant d’Europe de l’Est, qui a annoncé sa participation au «défilé de la victoire» à Moscou le 9 mai.
Il s’agit de Robert Fico, chef du gouvernement slovaque, invité de marque de cette cérémonie militaire annuelle. Déjà l’an dernier, proche de Moscou, il s’était rendu dans la capitale russe. Cette année, selon le journal «Izvestia», il devrait rencontrer Vladimir Poutine avant le défilé pour évoquer le pétrole, le gaz et le rôle de la Slovaquie dans l’UE.
Pour le Kremlin, la stratégie est claire: dans l’ère post-Orbán, il faut de nouveaux relais au sein de l’Union pour peser contre la ligne de Bruxelles.
Comment Bruxelles se protège de Fico
La Slovaquie reste un acteur plus modeste que la Hongrie et dépend davantage du soutien financier de l’UE. Mais son Premier ministre pourrait perturber les décisions européennes s’il obtient de l’énergie bon marché et certains avantages de Moscou.
L’article 7 du traité de l’UE constitue toutefois un garde-fou. Il permet de sanctionner un Etat membre en cas de violation grave des valeurs européennes, notamment via un gel de financements ou une suspension du droit de vote. Jusqu’ici, la Hongrie et la Slovaquie pouvaient se protéger mutuellement grâce à l’exigence d’unanimité.
Plus jamais ça. Ou peut-être bientôt à nouveau? La Bulgarie, ancien satellite soviétique, pourrait reprendre ce rôle. Le pays, qui compte 6,5 millions d’habitants, élit un nouveau parlement pour la huitième fois en cinq ans. Rumen Radev, ancien chef de l’armée de l’air et président jusqu’en janvier 2026, fait figure de favori. Avec sa liste «Bulgarie progressiste», il vise le poste de Premier ministre.
En 2027, l'Europe va à nouveau trembler
Rumen Radev, mathématicien de formation, s’oppose depuis des années aux livraisons d’armes à l’Ukraine et aux sanctions contre Moscou. En 2024, il avait refusé de participer au sommet de l’OTAN à Washington, où l’adhésion de l’Ukraine était discutée. Il critique aussi l’accord de sécurité conclu entre Sofia et Kiev.
Rumen Radev est largement en tête dans les sondages. Mais sa capacité à gouverner dépendra de ses partenaires de coalition. Plusieurs scénarios restent possibles. Dans le pire des cas, l’UE pourrait se retrouver avec un duo Fico-Radev capable de bloquer la politique étrangère européenne, fondée sur l’unanimité, et de compliquer le soutien à l’Ukraine.
Le blocage par Orbán du prêt de 90 milliards d’euros accordé par l’UE à Kiev a récemment illustré cette vulnérabilité. Sans ces fonds, l’Ukraine aurait pu se retrouver en défaut de paiement.
Qu’ils soient deux ou non, les dirigeants pro-russes annoncent une période agitée pour l’UE. Dans un an, la France votera. Une victoire du Rassemblement national de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella reste possible.
La Russie perd des soldats
Vladimir Poutine en est conscient. Mais la situation pourrait se dégrader plus vite que prévu. Actuellement, l’Ukraine inflige plus de pertes à l’armée russe que Moscou ne peut en compenser par le recrutement. Sans mobiliser ses réserves, l’armée russe verrait ses effectifs diminuer.
Sur le plan économique, la situation est également tendue. Au premier trimestre, la Russie a enregistré un déficit équivalent à 47 milliards de francs. Les revenus tirés du pétrole et du gaz ont chuté de 45%. Dans le même temps, les dépenses liées à l’économie de guerre ont augmenté de 17%.
La recherche de nouveaux alliés en Europe pourrait bientôt devenir secondaire pour le Kremlin.