Une série de fausses alertes à la bombe agite l'Europe vendredi, après des dizaines d'alertes similaires cette semaine, visant des vols commerciaux mais aussi des médias et mobilisant les forces de sécurité. 11 vols au départ ou à destination de Prague et de Sofia ont fait l'objet d'une alerte à la bombe, a déclaré l'aéroport de la capitale tchèque à l'Agence France-Presse (AFP).
Quatre nouvelles alertes à la bombe ont également été émises vendredi sur des avions survolant le territoire français, qui ont atterri «sans encombre» et sur lesquels les services de déminage «procèdent aux inspections de sécurité», ont annoncé les services du Premier ministre.
Un vol de la compagnie Ryanair qui devait partir de Lisbonne en direction de Rome vendredi matin a aussi été visé par une «menace de bombe» qui s'est avérée sans fondement, d'après les autorités portugaises.
Après de fausses alertes similaires en début de semaine, au moins 20 vols avaient déjà été visés par des alertes à la bombe jeudi. Dans tous ces cas, aucun explosif n'a été retrouvé. «L'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) continue de surveiller la situation et de se coordonner étroitement avec les alliés», a commenté l'organisation transatlantique.
Le secteur des médias a également été ciblé vendredi en Irlande. Les locaux de plusieurs médias irlandais dont le groupe audiovisuel Radio Teilifis Eireann (RTE) ont été évacués vendredi matin après avoir reçu une alerte à la bombe.
«Opérations hybrides»
«Nous ne savons pas encore s'il s'agit d'une personne derrière cette opération ou d'une action coordonnée», a déclaré le vice-Premier ministre Simon Harris à la radio, évoquant une «situation très sérieuse et évolutive». Cette série de fausses alertes, difficiles à attribuer, a pour conséquence de mobiliser les services de sécurité et de semer la peur, à zéro coût, soulignent les experts.
Sans préjuger de l'identité des auteurs, «il faut le voir dans le cadre des opérations hybrides contre les Etats européens», a réagi auprès de l'AFP Jean-Marc Rickli, directeur des risques globaux et émergents au Centre de Politique de Genève.
«Ca ne coûte rien à celui qui le fait mais ça a un impact important au niveau logistique et bien sûr sur la perception des populations. Les autorités ne peuvent ignorer ces alertes car si une se matérialise, elles seront tenues pour responsables», fait-il valoir.
Le flou entourant les auteurs de ces alertes rend d'autant plus difficile de trouver une parade. Des revendications envoyées jeudi aux aéroports de Rome et de Sofia émanaient des «combattants de l'Etat masculin». Cela semble renvoyer au nom d'un mouvement ultranationaliste russe, sans qu'il soit possible de vérifier le lien.
Les Européens accusent régulièrement la Russie et l'Iran de conduire des opérations de déstabilisation contre eux sur leur territoire, qu'il s'agisse de campagnes de désinformation, de sabotage ou de cyberattaques.
«Eviter de surréagir»
Ces dernières années «ont émergé des situations d'affrontements intermédiaires, sous le seuil des conflits armés, qui impliquent des Etats dans la conduite d'actions hostiles et de déstabilisation envers d'autres Etats», parfois au travers d'intermédiaires, souligne une source sécuritaire européenne, en citant «actions cybernétiques, manœuvres informationnelles, d'intimidation, ou encore l'instrumentalisation des flux migratoires».
Selon le chef de la police londonienne, Mark Rowley, il va s'agir de garder la tête froide. «Nous avons déjà connu cela par le passé. Quand nous faisions face aux menaces terroristes liées à l'Armée républicaine irlandaise (IRA), il y a des décennies, nous parlions de terrorisme à 10 pence: un faux appel annonçant une bombe pouvait perturber toute une ville. Nous avons dû apprendre à vivre en faisant la part entre ce qui était un canular et ce qui était réel», a-t-il déclaré vendredi sur la radio British Broadcasting Corporation (BBC) 4.
«Dans ce nouvel environnement de menaces, avec des acteurs malveillants aux quatre coins du monde, parfois téléguidés par des Etats hostiles, nous allons devoir adapter cette même méthode, pour éviter de surréagir à chaque message que nous recevons en ligne.»