Plusieurs interruptions de vote
Les Ethiopiens vivent une journée d'élections mouvementées

Malgré des tensions et des bureaux fermés pour raisons de sécurité, des millions d'Ethiopiens votent aux législatives. Le Premier ministre Abiy Ahmed vise un nouveau mandat, tandis que l'opposition dénonce un manque de compétition.
Photo: AFP
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ATS Agence télégraphique suisse

Les Ethiopiens votent massivement depuis l'aube lundi pour des législatives où une large victoire semble acquise au Parti de la prospérité (PP) du Premier ministre sortant Abiy Ahmed, candidat à sa propre succession, un scrutin perturbé dans deux régions théâtres de conflits.

Après de premières années de pouvoir porteuses d'espoirs d'ouverture et un prix Nobel de la paix en 2019, Abiy Ahmed, chef de l'exécutif depuis 2018, est de plus en plus critiqué à l'étranger pour son autoritarisme et sa répression des voix dissidentes.

«L'Ethiopie ne sera plus la même dans cinq ans. Les cinq années à venir seront une période de transformation historique», a promis le Premier ministre après avoir voté tôt dans sa petite ville natale de Beshasha, en Oromia (centre), l'état régional le plus peuplé du pays. Et «pour y parvenir, il faudra encore plus de détermination, de sacrifices et d'efforts», a-t-il prévenu.

Vote «interrompu»

La situation lundi y est difficile à évaluer, de nombreuses zones étant pratiquement inaccessibles aux observateurs indépendants et peu d'accréditations ayant été délivrées aux journalistes internationaux, dans un pays où les médias indépendants font l'objet d'une répression croissante.

A la mi-journée, la présidente de la Commission électorale (Nebe), Melatwork Hailu, a annoncé que 143 bureaux de vote – dont elle n'a pas donné la localisation – n'avaient pas ouvert lundi en raison de «problèmes de sécurité», et que le vote avait été «interrompu» dans plusieurs autres bureaux en Oromia et en Amhara, sans fournir plus de détails.

La Nebe avait déjà annulé à l'avance le scrutin dans huit des 137 circonscriptions de l'Amhara. Quelque 50 millions d'électeurs élisent la chambre basse fédérale (HoPR) et les Parlements régionaux.

Surveillance étroite

Dans un pays où les citoyens sont étroitement surveillés, de longues files d'électeurs s'étendent depuis l'aube devant plusieurs bureaux de vote d'Addis Abeba, installés sous des tentes surmontées du drapeau éthiopien, ont constaté des journalistes de l'AFP.

A Beshale Katla, quartier populaire de la capitale fédérale, des électeurs ont dit avoir patienté à partir de 2h, quatre heures avant l'ouverture du scrutin à 6h (5h en Suisse).

L'issue du scrutin fait peu de doute: le PP, qui détient 96% des sièges de la Chambre des représentants du peuple (HoPR) sortante, file vers une nouvelle large victoire et son chef Abiy Ahmed vers un nouveau mandat de premier ministre.

Sans adversaire

Le centre de réflexion britannique Chatham House a récemment décrit cette élection comme «l'une de celles donnant lieu à la plus faible compétition» depuis l'instauration du multipartisme en 1991, rappelant que depuis lors, le but des élections en Ethiopie a été de «renforcer le pouvoir (...) en place, plutôt que d'offrir aux Ethiopiens de véritables choix politiques pluriels».

Les bureaux doivent fermer à 18h (17h en Suisse) et les résultats sont attendus dans une dizaine de jours. Plus de 40 partis d'opposition, sans moyens financiers, affrontent l'hégémonique PP, mais aucun n'est présent dans l'essentiel des circonscriptions.

En outre, de nombreux opposants «ne participeront pas aux élections», souligne Chatham House, car «certains sont en exil, d'autres interdits de séjour, d'autres emprisonnés» et d'autres ont opté pour la lutte armée.

Derrière le PP, qui n'aura aucun adversaire dans 64 circonscriptions, le parti Ezema – le mieux représenté – n'aura qu'environ 300 candidats pour 501 circonscriptions en lice.

Pas de scrutin au Tigré

«Nous avons fait de notre mieux», a déclaré le patron d'Ezema, Eyob Mesfin, après avoir voté, affirmant que son parti, qui dispose d'un portefeuille ministériel, reconnaîtra les résultats si «le processus est démocratique, équitable et libre».

La HoPR compte 547 députés élus à travers les 12 Etats régionaux. Comme il y a cinq ans, le scrutin ne sera pas organisé dans l'Etat septentrional du Tigré (38 sièges), en raison de tensions persistantes entre autorités régionales et fédérales et parce que plus d'un million de personnes y restent déplacées depuis le conflit qui y a fait rage entre 2020 et 2022.

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