Une victoire en 5 leçons
En Serbie, la jeunesse a gagné, et c'est un très bon signe

La victoire électorale, ce dimanche 25 octobre, du mouvement étudiant serbe est une preuve d'attachement à la démocratie et à l'Etat de droit au cœur des Balkans. Une bonne nouvelle pour l'Europe.
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Une marée humaine de la jeunesse serbe avait, dimanche soir, envahi les rues de Belgrad après cette victoire électorale.
Photo: imago/ZUMA Press
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Ils ont gagné. Et ils l'ont fait sans sombrer dans la violence, face au pouvoir autoritaire de l'ancien président Aleksandar Vučić, qui a reconnu sa défaite. En remportant les législatives du 25 octobre, le mouvement des étudiants serbes en colère démontre qu'au cœur des Balkans, la rébellion contre la corruption est une plateforme puissante, difficile à contrer. A l'heure des manifestations des lycéens et de la gen Z en France et ailleurs en Europe, les leçons de Belgrade méritent d'être retenues.

La non-violence paie

Face aux émeutes françaises et aux scènes de pillage à Paris, Milan, Bologne ou Barcelone ces derniers jours, le mouvement étudiant serbe offre un tout autre spectacle. La victoire électorale de ses candidats ce dimanche 25 octobre (52% des voix aux législatives, 138 sièges sur 250 au Parlement de Serbie) est le résultat de deux années de mobilisation sans discontinuer, depuis l'écroulement d'une partie rénovée de la gare de Novi Sad, le 1er novembre 2024. La non-violence a payé. Les étudiants ont démontré leur crédibilité et ils n'ont rien lâché, alors qu'une bonne partie de l'Europe les ignorait.

La lutte anticorruption, thème porteur

C'est au nom de la lutte contre la corruption, endémique en Serbie, que les étudiants ont constitué leur plateforme électorale et propulsé des candidats nouveaux venus en politique. Leur objectif? Déboulonner le pouvoir en place de l'ancien président Aleksandar Vučić, qui jouait depuis des années sur les deux tableaux, en cajolant l'Union européenne mais en gardant grande ouverte la porte de son pays à Vladimir Poutine. L'affaire de la gare de Novi Sad a démontré que le pouvoir profitait d'une manne d'argent «gris» versée par de grosses entreprises chinoises. La Serbie, officiellement candidate à l'entrée dans l'Union européenne depuis 2012, devrait ainsi retrouver les faveurs de Bruxelles.

L'Albanie voisine, autre catalyseur

L'ironie du calendrier politique est frappante. La Serbie et l'Albanie se sont déchirées dans l'histoire récente à propos du Kosovo, devenu indépendant en février 2008, après la guerre des années 1998-1999. La population albanophone et musulmane du Kosovo a obtenu gain de cause grâce au soutien de l'UE et de l'OTAN. Mais aujourd'hui, le Premier ministre albanais Edi Rama est confronté à de très importantes manifestations anticorruption. Il est accusé d'avoir partie liée avec la famille Trump. Et si la victoire du mouvement étudiant serbe annonçait une prochaine révolution pacifique albanaise?

Une mobilisation populaire

C'est la force du mouvement étudiant serbe. Il n'a jamais sombré dans la violence et il a toujours refusé de soutenir un parti politique d'opposition, partant du principe que les politiciens «professionnels» en Serbie, tous sortis enrichis de la guerre qui a désintégré l'ex-Yougoslavie dans les années 90, défendent d'abord leurs intérêts. Les étudiants ont, dans toutes les villes du pays, constitué des associations. Ils ont réussi à entraîner avec eux les enseignants, les agriculteurs, les salariés et les habitants des petites villes.

C'est l'autre leçon de ce scrutin: le refus massif d'une oligarchie nourrie par l'économie souterraine. Les étudiants ont privilégié les assemblées universitaires, les décisions collectives et une liste électorale composée de personnalités indépendantes. Leur programme met l'accent sur l'Etat de droit, la lutte contre la corruption et la dépolitisation des institutions.

L'Europe en ligne de mire

C'est l'aspect le plus compliqué de cette vague politique étudiante: si elle ne trouve pas de résonance à Bruxelles et si elle n'est pas soutenue par l'UE en termes de crédits pour la Serbie, tout risque de s'étioler. On retrouve, dans le pays, la même ferveur proeuropéenne qu'en Géorgie ou en Albanie. Problème: le pays de 6,5 millions d'habitants connaît un vieillissement accéléré de sa population, et le risque de voir la jeunesse partir vers les pays de l'Ouest est réel. Il faut que l'Union réponde à ce tremblement de terre politique à Belgrade.

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