Les tensions commerciales entre les voisins équatorien et colombien atteignent un nouveau sommet, avec la menace par Quito de passer de 50% à 100% ses droits de douane sur les importations en provenance de Colombie dès mai, a annoncé jeudi le ministère équatorien de la Production.
Le président colombien Gustavo Petro a qualifié cette menace de surtaxes douanières à 100% de «monstruosité» et menacé en retour que son pays quitte la Communauté andine des Nations (Bolivie, Equateur, Colombie, Pérou). «C'est tout simplement une monstruosité, mais cela signifie la fin du Pacte andin (ancien nom de la Communauté andine, ndlr) pour la Colombie. Nous n'avons plus rien à y faire», a déclaré le dirigeant de gauche sur le réseau social X.
«Rompre avec la Communauté andine compromet des décennies d'intégration», a ensuite réagi la ministre colombienne des Affaires étrangères, Rosa Villavicencio, sur X. Cette nouvelle menace de hausse tarifaire intervient «après avoir constaté l'absence de mise en oeuvre de mesures concrètes et efficaces en matière de sécurité aux frontières de la part de la Colombie», a indiqué le ministère équatorien de la Production dans un communiqué.
Une période de tensions avait déjà opposé les deux pays fin février, l'Equateur accusant la Colombie de ne pas lutter suffisamment à ses yeux contre le crime organisé. En conséquence, ils ont appliqué réciproquement des droits de douane de 30% à des dizaines de produits, à l'initiative du président équatorien Daniel Noboa, critique virulent du gouvernement colombien et allié de Washington.
Une mesure «insensée»
La taxe équatorienne est ensuite passée de 30% à 50% en mars, Quito affirmant que cet impôt est nécessaire car il doit investir environ 400 millions de dollars pour surveiller une frontière commune d'environ 600 kilomètres. Dans cette zone opèrent des groupes criminels spécialisés dans le narcotrafic, l'exploitation minière illégale et la traite d'êtres humains.
La Colombie a riposté avec un droit de douane de 50% sur les importations équatoriennes et en refusant de vendre de l'énergie à son voisin qui a subi en 2024, en raison de la sécheresse, des coupures de courant pouvant atteindre 14 heures par jour. Avec cette taxe, l'Equateur «cherche à renforcer la responsabilité partagée» dans la lutte contre le trafic de drogue à la frontière, avait justifié le ministère équatorien du Commerce.
Cette mesure est «une décision unilatérale, improvisée et insensée», a fustigé lors d'un entretien avec l'AFP Pablo Cerón, qui préside une association de transporteurs de marchandises dans la province frontalière équatorienne de Carchi. «Le gouvernement a transformé la province de Carchi en un désert», a-t-il ajouté. La hausse des droits de douane «met définitivement fin à toute possibilité d'échanges commerciaux entre la Colombie et l'Equateur», a de son côté déploré le Colombien Javier Díaz, président de l'Association nationale du commerce extérieur, dans une déclaration vidéo.
Des réunions de haut niveau avaient quelque peu aplani les dissensions faisant espérer une levée des mesures, mais la foire d'empoigne a repris cette semaine quand le président colombien Gustavo Petro a qualifié de «prisonnier politique» l'ex vice-président équatorien Jorge Glas, incarcéré pour corruption, à qui il a accordé la nationalité colombienne. Mercredi, l'Equateur a rappelé son ambassadeur à Bogota.