La Suisse aussi touchée
En plein vol, plus de 75% des pilotes européens disent s’être déjà endormis

Plus de trois pilotes européens sur quatre disent avoir connu un épisode de somnolence en cockpit au cours des quatre dernières semaines. Une vaste étude, à laquelle des pilotes suisses ont participé, alerte sur une fatigue encore très présente dans l’aviation européenne.
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Selon une vaste étude, plus de 76% des pilotes européens disent s'être déjà endormis en conduisant un avion.
Photo: keystone-sda.ch

En bref

  • 76,8% des pilotes interrogés disent avoir connu au moins un microsommeil, un hochement de tête ou avoir dû lutter pour garder les yeux ouverts en cockpit au cours des quatre dernières semaines.
  • 52% reconnaissent avoir volé alors qu’ils auraient dû se déclarer inaptes à cause de la fatigue, tandis que seuls 11,9% disent faire confiance au système de signalement de leur compagnie.
  • La Suisse est concernée, mais difficile à comparer en 2026: seuls 97 pilotes d’opérateurs suisses ont répondu.
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Solène MonneyJournaliste Blick

S’endormir quelques secondes aux commandes... d’un avion? Le phénomène est bien plus courant qu’on pourrait le croire. Pas moins de 76,8% des pilotes interrogés disent avoir connu au moins un microsommeil au cours des quatre dernières semaines alors qu'ils conduisaient un appareil.

Et ce n’est pas tout. Près d’un pilote sur quatre rapporte avoir connu au moins cinq de ces épisodes sur la même période. Des chiffres qui ressortent d’une vaste enquête menée pour l’European Cockpit Association auprès de 7198 capitaines et co-pilotes dans 32 pays européens, dont la Suisse, entre le 4 août et le 7 septembre 2026.

Le constat est préoccupant: trois ans après une première enquête similaire, la gestion de la fatigue dans l’aviation européenne ne montre pratiquement aucune amélioration. Un peu plus de la moitié des pilotes interrogés estiment que le risque lié à la fatigue est mal ou plutôt mal géré par leur compagnie. Seuls 22,4% portent un jugement positif.

Un pilote sur deux reconnaît avoir volé trop fatigué

Autre chiffre choc: 52% des pilotes reconnaissent avoir effectué, au cours des trois derniers mois, au moins un vol alors qu’ils estiment aujourd’hui qu’ils auraient dû se déclarer inaptes à cause de la fatigue. Et quand ils sont trop fatigués? Seuls 37,2% disent généralement le signaler. A l’inverse, 24,2% prennent quand même les commandes sans rien déclarer.

La peur des conséquences professionnelles pèse aussi. 44,3% se disent modérément ou fortement préoccupés à l’idée de refuser une prolongation de leur temps de service. En comptant les pilotes légèrement inquiets, on grimpe à 69,1%.

La confiance envers les systèmes internes, elle, est au plus bas. Plus de huit pilotes sur dix savent comment signaler leur fatigue. Mais seuls 11,9% font confiance au dispositif de leur compagnie. Et à peine 11,3% estiment que leurs signalements ont entraîné des changements concrets pour améliorer la sécurité.

Et la Suisse?

En 2023, la Suisse figurait parmi les mieux évaluées: 32,8% des pilotes jugeaient la gestion de la fatigue mauvaise ou plutôt mauvaise. Impossible, cette année, de dire si la situation s’est améliorée. En effet, seuls 97 pilotes travaillant pour des opérateurs suisses ont répondu en 2026, contre 771 il y a trois ans. Trop peu pour isoler le pays dans les résultats.

A l’échelle européenne, les compagnies de réseau s’en sortent mieux. Les low-cost cumulent davantage de mauvais indicateurs. L’Irlande et Malte ressortent particulièrement. Parmi les pilotes travaillant pour des compagnies sous certificat irlandais, 71,5% jugent la fatigue mal ou plutôt mal gérée. A Malte, ils sont 65,2%. Et 46,4% des pilotes d’opérateurs irlandais disent manquer souvent ou toujours de temps pour récupérer entre deux services, contre 41,8% à Malte.

Des chiffres qui attirent forcément l’attention sur ces deux pays, où sont enregistrés plusieurs acteurs majeurs du secteur. L’Irlande abrite notamment le géant du low-cost Ryanair. Le groupe possède aussi à Malte la compagnie Malta Air. Mais l’étude ne nomme aucune compagnie et agrège les réponses de plusieurs opérateurs. Impossible donc d’attribuer précisément ces résultats à Ryanair ou Malta Air.

Et pour celles et ceux qui redoutent l’avion, pas de panique: l’étude ne dit pas que les vols sont dangereux, mais elle montre que la fatigue reste un vrai sujet dans les cockpits.

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