Abusé par son grand frère
Une affaire de violences sexuelles secoue une célèbre famille thaïlandaise

Une affaire de violences sexuelles impliquant la famille propriétaire de la bière Singha secoue la Thaïlande. Siranudh Scott accuse publiquement son frère aîné de violences répétées durant son adolescence. L’affaire provoque une vague de témoignages en ligne.
Siranudh Scott a publié une vidéo dans laquelle il accuse son frère aîné de violences sexuelles répétées pendant son adolescence.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Une affaire très médiatisée de violences sexuelles dans une famille propriétaire d'une populaire marque de bière en Thaïlande a provoqué une rare prise de conscience dans ce royaume conservateur, où des victimes ont pris la parole sur les réseaux sociaux. Siranudh Scott, dont la famille contrôle le brasseur Singha, a publié une vidéo poignante accusant son frère aîné Sunit de violences sexuelles répétées pendant son adolescence. Sunit a démenti ces accusations dans une autre vidéo.

«J'ai senti que je devais parler, sinon j'aurais été mort à l'intérieur», a expliqué Siranudh à l'AFP la semaine dernière. Dans un second entretien dimanche, Siranudh, aujourd'hui âgé de 29 ans, a affirmé que les agressions sexuelles présumées avaient eu lieu de ses neuf à ses 13 ans, chaque fois que son frère rentrait à la maison depuis son internat pour les vacances d'été.

Siranudh a indiqué avoir informé des membres de sa famille de ces violences présumées il y a trois ans, mais avoir alors accepté une compensation financière pour son silence. Il a changé d'avis après que sa mère l'a poursuivi cette année dans un litige immobilier, et prévoit d'engager une action en justice: «J'ai vécu dans une famille, dans un système, dans une institution qui ont réduit ma voix au silence». Singha est connue à l'international pour son logo au lion doré et ses partenariats avec des géants du sport comme le Chelsea FC et l'écurie de Formule Un Haas.

Un sujet particulièrement tabou

Après les accusations de Siranudh Scott, des personnalités publiques ont partagé leurs propres récits sur les réseaux sociaux, abordant un sujet longtemps considéré comme tabou en Thaïlande. Patinya Kuantrakul, héritière de l'un des parcours de golf les plus connus du pays, a déclaré avoir été violée par son chauffeur à l'âge de 11 ans, ce qui a entraîné une grossesse et un avortement. L'influenceur et podcasteur Taylor Srirat a également affirmé avoir été agressé sexuellement par son patron quinquagénaire lorsqu'il avait 19 ans.

Des internautes ont exprimé empathie et remerciements, estimant que le témoignage de Siranudh les avait encouragés à parler publiquement pour la première fois des agressions subies. Ces messages ont fait ressentir à Siranudh «beaucoup d'amour et de soutien (...) en Thaïlande et à l'étranger», dit-il.

Un élan public inhabituel en Thaïlande, où les victimes restent souvent silencieuses en raison de la stigmatisation à l'égard des violences sexuelles. «La société thaïlandaise accorde une grande importance à la hiérarchie, à la réputation familiale et à l'évitement de la honte publique», explique Busayapa Srisompong, avocate spécialisée dans les droits humains.

«Cela peut rendre la prise de parole particulièrement difficile lorsque les violences se produisent au sein des familles ou impliquent des figures respectées.» La famille Bhirombhakdi figure au 15e rang des plus grandes fortunes de Thaïlande selon Forbes, qui estime son patrimoine à 1,75 milliard de dollars.

#MeToo n'est jamais arrivé

Taylor Srirat estime que de nombreuses victimes ne se manifestent pas en raison d'une «culture de la culpabilisation des victimes» mais que les mentalités commencent selon lui à évoluer, en partie grâce aux réseaux sociaux. Des experts estiment que cette affaire marque un tournant en Thaïlande, qui n'a jamais vraiment connu de mouvement #MeToo.

Les jeunes Thaïlandais ont appris «le droit à disposer de leur propre corps», estime Apitchaya Chaiwutikornwanich, maîtresse de conférences en psychologie sociale à l'université Chulalongkorn. Siranudh, militant écologiste, a depuis pris publiquement ses distances avec l'empire familial Boonrawd, maison-mère de Singha.

La brasserie Boonrawd a déclaré la semaine dernière dans un communiqué que Sunit, le frère aîné, qui occupait un poste de direction dans l'entreprise, avait été démis de ses fonctions. L'entreprise n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire de l'AFP.

L'AFP n'a pas pu contacter Sunit ou l'un de ses avocats. Sunit a nié les accusations d'abus sexuels, tout en reconnaissant des jeux physiques brutaux entre garçons.

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