#MeTooEcole à Paris
«Lorsque neuf enfants décrivent les mêmes gestes, on ne peut que les croire»

Un animateur périscolaire sera jugé dès mardi pour agressions sexuelles dans une maternelle de Paris. Il a également harcelé deux de ses collègues et encourt dix ans de prison.
La capitale française est secouée par des scandales de violences sexuelles dans le périscolaire.
Photo: Shutterstock
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AFP Agence France-Presse

Un animateur d'une école du XIe arrondissement de Paris comparaît mardi devant le tribunal correctionnel de Paris pour agressions sexuelles sur des élèves de maternelle, un dossier symptomatique du scandale de violences sexuelles dans le périscolaire qui secoue la capitale.

Les parties civiles ayant indiqué à l'AFP ne pas compter demander le huis clos, il s'agira du premier procès public depuis que ce sujet de société est devenu l'un des plus brûlants ces derniers mois du débat politique et des conversations des Parisiens. Le collectif #MeTooEcole a appelé à manifester devant le tribunal à cette occasion. Un précédent procès visant un animateur d'une école parisienne du même arrondissement, l'un des épicentres de la crise du périscolaire, s'est tenu début mai au tribunal mais à huis clos. Dix-huit mois de prison avec sursis ont été requis, la décision sera rendue le 16 juin.

Une «suspension immédiate»

Dans l'affaire appelée mardi, David G., 36 ans, est poursuivi par le parquet pour agressions sexuelles sur cinq enfants mais aussi harcèlement sexuel à l'encontre de deux collègues animatrices. Les faits ont eu lieu entre la rentrée de 2024 et avril 2025. À cela s'ajoute la citation directe (procédure qui permet d'assigner une personne directement au tribunal sans passer par le parquet) de quatre autres familles, qui l'accusent également d'agressions sexuelles sur leurs enfants.

Cette affaire a été portée à la connaissance de la justice en avril 2025 par un signalement du directeur de l'école maternelle Alphonse-Baudin. Les parents de deux fillettes s'étaient inquiétés auprès de lui du repli de leur enfant, mettant en cause le comportement de David G. La ville de Paris a procédé à une «suspension immédiate» de l'animateur, qui «n'a pas été réintégré ensuite», a indiqué la mairie à l'AFP.

Changement de comportement

L'enquête de la brigade de protection des mineurs a recueilli plusieurs témoignages de très jeunes enfants rapportant, avec leurs mots, des attouchements de l'animateur sur leur «zézette» ou leur «zizi». Plusieurs parents ont fait état devant les policiers d'un changement de comportement de leur enfant, pleurant pour aller à l'école ou régressant sur la propreté, sans raison claire.

Au cours de l'enquête, aucun adulte de l'école auditionné n'a cependant dit avoir vu de gestes à caractère sexuel du prévenu sur des mineurs, témoignant de la difficulté de recueillir des éléments consolidés dans ces dossiers qui reposent essentiellement sur les déclarations, parfois contradictoires ou fluctuantes, de très jeunes enfants.

«Lorsque neuf enfants, qui ne se connaissent pas, décrivent les mêmes gestes, le même homme et les mêmes lieux, nous ne pouvons que les croire. Des enfants âgés de trois à cinq ans ne peuvent pas inventer de telles scènes d'agressions sexuelles», ont déclaré à l'AFP Mes Hannah Kopp et Rebecca Royer, avocates des parties civiles, demandant «une peine à la hauteur des faits subis».

Placé en garde à vue en juin, David G. a nié les faits. Ce journaliste freelance, qui travaille dans le périscolaire pour compléter ses revenus, a seulement reconnu avoir enfreint certaines règles de la charte de l'animateur, comme ne pas prendre un enfant sur ses genoux ou le porter. Sans antécédent judiciaire, il encourt dix ans de prison et 150.000 euros d'amende. Sollicité par l'AFP, son avocat n'a pas donné suite.

84 écoles maternelles concernées

À ce jour, le parquet de Paris a ouvert des enquêtes pour de possibles violences, de différentes natures, dans un total de 84 écoles maternelles, une vingtaine d'élémentaires et une dizaine de crèches. Trois autres procès pour des violences sexuelles autour du périscolaire sont prévus à Paris d'ici à début septembre.

Depuis début 2026, 78 agents de la ville de Paris ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles, des chiffres traduisant un caractère «systémique», selon le maire Emmanuel Grégoire. Plusieurs centaines d'animateurs des écoles parisiennes ont manifesté mardi pour dénoncer «un climat de suspicion généralisée» à leur encontre.

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a pour sa part envoyé samedi à l'ensemble des procureurs une circulaire, en exigeant que «chaque signalement» soit «traité», «chaque victime protégée et accompagnée, chaque auteur identifié et sanctionné». «Le traitement (de ces affaires) constitue une urgence absolue pour notre société et appelle une réponse judiciaire rapide, coordonnée et ferme», a ajouté le ministre de la Justice.

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