Week-end d'émeutes
De Paris à Zurich, la jeunesse européenne entre en ébullition

Après les violences d’Halloween à Zurich, la contestation des jeunes gagne la Suisse. Mais des lycées français au mouvement allemand «Gen Z regelt», les revendications diffèrent et les débordements risquent de les éclipser.
Dans la nuit de samedi à dimanche, Zurich a été le théâtre de violents incidents.
Photo: Mattia Coda

En bref

  • A Zurich, en Allemagne et en France, les protestations ont dégénéré
  • Des vidéos de violences relayées sur les réseaux sociaux attisent encore les tensions
  • Les émeutes menacent d'éclipser les revendications des manifestants pacifiques
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Chiara Schlenz

Dans la nuit de samedi à dimanche, le quartier de la Langstrasse à Zurich, a été le théâtre de violents incidents. Un jeune a été grièvement blessé et son état a nécessité l'intervention de secours. La police n'est pas parvenue à lui porter assistance.

Les agents ont été pris à partie par une foule qui les a harcelés, a endommagé leur véhicule de patrouille et les a finalement contraints à battre en retraite. Deux hommes, âgés de 19 et 21 ans, ont été arrêtés. Le récit des forces de l'ordre témoigne de la violence des affrontements.

Zurich n’est pas la seule ville européenne à avoir connu une nuit d'Halloween agitée. A Francfort, des cocktails Molotov ont été lancés, tandis qu'à Hambourg, les forces de l'ordre ont été prises pour cible. A Paris, un policier a été grièvement brûlé après avoir été touché par un engin incendiaire. En France, 320'000 personnes ont manifesté samedi. Partout en Europe, les tensions semblent s'intensifier. Dans ce contexte, certains évoquent déjà un soulèvement de la génération Z. Mais la réalité est plus nuancée.

Les mêmes scènes en Europe

En France, le mouvement de contestation est d'abord né de la colère des lycéens face à la dégradation des établissement scolaires, au manque d’enseignants et d’un système éducatif jugé injuste. Depuis, la mobilisation a pris de l'ampleur, avec le ralliement des syndicats, des Gilets jaunes et d'autres opposants au gouvernement. Une mobilisation initialement centrée sur l'école s’est ainsi musée en un vaste mouvement de contestation contre Emmanuel Macron.

En Allemagne, c'est le mouvement «Gen Z regelt» qui fédère les jeunes autour de plusieurs revendications: la lutte contre le hausse du coût de la vie, le rejet des mesures d’austérité et l'opposition à un éventuel rétablissement du service militaire obligatoire.

Et à Zurich? Des milieux d’extrême gauche avaient appelé à manifester lors d'un rassemblant non autorisé contre la droitisation du paysage politique, les coupes dans les prestations sociales et la militarisation. Mais, samedi soir, les revendications concrètes sont restées largement absentes du mouvement. Le slogans et les banderoles ont laissé place aux incendies, aux engins pyrotechniques et aux affrontements avec la police. Selon les autorités, plusieurs centaines de personnes ont participé au rassemblement. De leur côté, les organisateurs avancent le chiffre de 2000 manifestants.

A Bâle, selon la police, quelques 150 personnes ont également pris part à un rassemblement non autorisé. Des barricades ont par ailleurs été incendiées. A travers l'Europe, les image se ressemblent mais les contextes politiques, eux, sont bien différents.

Quand la protestation dégénère en émeute

Alors que des milliers de personnes manifestent pacifiquement dans la rue, certains groupes apparaissent parfois en marge des rassemblements, avec pour objectif de provoquer des affrontements.

En Allemagne, les organisateurs du mouvement «Gen Z regelt» ont clairement pris leur distance avec les violences survenues samedi, en déclarant que celles-ci n'avaient pas leur place au sein des mobilisations. Pourtant, des vidéos diffusées sur TikTok et Instagram faisaient l'apologie des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre en France, allant jusqu'à appeler à reproduire de telles scènes en Allemagne.

En Suisse également, les réseaux sociaux ont largement évoqué les mobilisations de l'Hexagone avant les rassemblements. De quoi soulever une question préoccupante: assiste-t-on réellement à une radicalisation progressive d’un mouvement de contestation qui prend de l'ampleur à l'échelle européenne? Ou des groupes enclins à la violence profitent-ils de l’attention suscitée par les mobilisations de la jeunesse pour poursuivre servir leurs propres objectifs?

Ces mouvement ne sont vraisemblablement, pas totalement isolés les unes des autres. De jeunes militants échangent au-delà des frontières, défendent des revendications similaires et s’inspirent de mobilisations menées dans d’autres pays. Les réseaux sociaux contribuent ainsi à faire circuler non seulement des appels à la mobilisation, mais aussi des images d'affrontements de rue. Pourtant, des similitudes dans les modes d'action ne signifient pas qu'il existe une stratégie commune, et encore moins que tous les manifestants cautionnent le recours à la violence.

La colère sociale éclipsée par les violences

Il serait toutefois réducteur de ramener le mécontentement de la jeune génération à une simple volonté d'en découdre. Hausse des loyers, coût de la vie, politiques d’austérité et incertitudes face à l’avenir: ces préoccupations sont partagées par les jeunes bien au-delà des frontières nationales. Mais s'en prendre aux forces de l'ordre à l'aide d'engins incendiaires ou entraver les opérations de secours revient à mettre des vies en danger. De telles violence risquent aussi de discréditer les revendications portées par les manifestants pacifiques.

Au lendemain d'une nuit comme celle à Zurich, les revendications portant sur les prestations sociales ou sur la militarisation passent au second plan. Ce sont les voitures incendiées et le jeune homme resté hors de portée des secours qui retiennent l’attention.

En France, le même phénomène est à l'oeuvre. Les violences ont progressivement éclipsé les revendications initiales, au profit d'un débat sur la sécurité et le renforcement des mesures policières. En somme, les débordements menacent de faire oublier les raisons qui ont poussé les jeunes à manifester.

La vague de contestation est pourtant loin d’être terminée. En France, une nouvelle journée de mobilisation est prévue le 5 novembre. En Allemagne, des organisations de jeunesse appellent à manifester à nouveau le 20 novembre. En Suisse également, la jeunesse socialiste appelle à une grève internationale de la jeunesse. Des actions sont prévues dans plusieurs villes pour dénoncer le réarmement et les politiques d’austérité. La question n'est donc pas seulement de savoir quelle ampleur prend la colère de la jeunesse européenne, mais aussi qui saura la canaliser et à quelles fins.

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