«Arrêtez de vouloir apaiser ce fou»
A Davos, l'Europe s'arme contre la folie du Groenland de Trump

Face aux menaces tarifaires de Donald Trump, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen promettent une riposte européenne. A Davos, le gouverneur californien Gavin Newsom exhorte l'Europe à ne plus apaiser Trump, mais à agir vigoureusement.
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Donald Trump donne le ton avant son arrivée à Davos.
Samuel Schumacher

Des mots doux et une diplomatie ouatée... c'est de loin pas le style du gouverneur de Californie Gavin Newsom. Le démocrate qui, selon toute vraisemblance, ambitionne de succéder à Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, a choisi mardi, dans les couloirs du centre de congrès de Davos, des mots sans détour. «Arrêtez enfin de vouloir apaiser ce fou», s'est insurgé Gavin Newsom. «Cognez-lui dans la gueule! (Punch him in the face)»: tel est le conseil qu'il adresse à l'Europe dans ses relations avec Trump.

Les dignitaires européens ne peuvent pas se permettre une telle franchise américaine au Forum économique mondial. Mais le message que le président français Emmanuel Macron et la cheffe de l'UE Ursula von der Leyen avaient préparé pour leur collègue américain n'en était pas moins limpide.

«Nous ne devons pas hésiter à utiliser notre instrument anti-contrainte», a souligné Macron. Si Trump persiste à menacer d'imposer de nouveaux droits de douane à propos du Groenland, l'UE devra dégainer son arme la plus redoutable, a-t-il ajouté. Cet instrument – conçu à l'origine comme une mesure de légitime défense face à la Chine – permettrait d'imposer des contre-taxes ou d'exclure des entreprises américaines des appels d'offres publics.

Macron, qui n'a jamais retiré ses lunettes de soleil durant toute sa prestation (en raison d'un problème oculaire, comme il l'a confirmé à Blick), a qualifié la stratégie douanière de Trump de «futile». «Ne perdons pas de temps avec des idées délirantes. Ce n'est pas le moment de se lancer dans un nouvel impérialisme», a-t-il averti.

L'avertissement de Von der Leyen à Trump

Sa recette face à Trump? Garder son calme, stimuler les investissements européens sur le continent, offrir au reste du monde – en tant que partenaire commercial fiable et stable – une alternative à des Etats-Unis de plus en plus guidés par la loi du plus fort. Jeudi, Macron souhaite recevoir son «ami» Trump à Paris pour un dîner, comme il l'a fait savoir dans un message privé publié par Trump. On ignore encore si ce dernier a accepté.

Il n'y aura en revanche aucun tête-à-tête entre le président américain et Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission européenne a invité l'élite économique et politique présente à forger une «nouvelle indépendance européenne» et à considérer les «chocs géopolitiques» de notre époque comme une opportunité.

Il n'y a aucune raison pour que l'Europe mette sa lumière sous le boisseau. Le continent dispose d'une industrie de défense prometteuse, fait-elle comprendre. «La Finlande, par exemple, vend actuellement des brise-glaces aux Etats-Unis», a souligné Ursula von der Leyen, comme pour adresser un avertissement à Trump: sans innovation européenne, difficile d'aller loin dans le Grand Nord.

Ursula von der Leyen a encore précisé que l'Europe se connecte aujourd'hui au monde entier – même sans l'Amérique. Il y a quelques jours, elle s'est rendue en Amérique latine pour signer l'accord commercial du Mercosur. Ce week-end, elle ira en Inde pour discuter commerce et nouveaux accords. «Nous sommes pour le commerce, pas pour les droits de douane punitifs, pour les partenariats, pas pour l'isolement», a-t-elle martelé.

Trump poste des mèmes

Et que fait Trump? Mardi, il a publié deux mèmes sur sa plateforme Truth Social. L'un le montre hissant le drapeau américain au Groenland, accompagné d'un panneau proclamant: «Groenland: territoire américain depuis 2026.» L'autre le met en scène dans le Bureau ovale, face à une foule d'invités européens – dont Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen –, leur présentant une carte où le Groenland et le Canada font partie intégrante de l'Amérique. Mercredi, il exposera sa vision sombre monde en direct, ici à Davos.

Reste à espérer que les aurores boréales apparues dans le ciel helvétique dans la nuit de lundi à mardi étaient les signes avant-coureurs d'une paix nordique, et non des signaux d'alarme annonçant une nouvelle phase de tempête géopolitique.

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