La crise du kérosène n'y change rien
A cause de cette faille, même de nombreux voyageurs écolos préfèrent l'avion au train

La crise du kérosène a beau mettre à mal le trafic aérien, le train peine à en profiter. En cause: des systèmes d'achat complexes qui découragent même de nombreux passagers soucieux du climat.
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La crise du kérosène pousse les compagnies à réduire leurs liaisons.
Photo: imago images/Overstreet
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Daniel Macher

La crise actuelle du kérosène met le trafic aérien européen à rude épreuve. Face à la hausse des prix et aux nombreuses suppressions de vols, de plus en plus de voyageurs cherchent des alternatives, comme le train. Mais les compagnies ferroviaires européennes peinent à saisir cette opportunité. Selon un rapport de Transport & Environment (T&E), la complexité des systèmes de réservation décourage une grande partie des usagers.

Réserver un billet de train direct sur les lignes les plus fréquentées d'Europe est souvent difficile. Selon T&E, cela prend en moyenne 70% de temps en plus qu'un vol... et échoue dix fois plus souvent.

Pour rejoindre Barcelone depuis Paris, par exemple, il est impossible d’acheter un billet sur le site de la compagnie de chemin de fer espagnole Renfe, ceci alors que la même liaison est opérée par plus de 40 vols au quotidien. Le même problème affecte de nombreuses lignes à travers l'Europe.

Les CFF ne sont pas les pires

L’un des principaux obstacles réside dans le manque d’échange de données entre les grands opérateurs. Des entreprises publiques comme la SNCF ou la Deutsche Bahn ne proposent que rarement pas les billets disponibles chez leurs homologues européennes. En France, la plateforme SNCF Connect contrôle environ 85% de la distribution de billets, mais d'importants fournisseurs – comme Trenitalia ou encore Renfe – sont complètement absent de l'offre.

La situation est légèrement meilleure du côté des CFF. Depuis la Suisse, il est généralement possible d’acheter des billets pour des trajets internationaux via l’application ou aux guichets. L’entreprise reconnaît toutefois que des progrès restent nécessaires. «Nous travaillons à améliorer ces systèmes et y investissons un temps et des moyens importants», indiquent les CFF aux journaux de Tamedia.

Les conséquences sont notables: même certains voyageurs soucieux de l’environnement finissent par reprendre l’avion par frustration. Selon T&E, 61% des personnes interrogées ont renoncé au train pour des longs trajets en raison d’un processus de réservation jugé trop complexe. Les usagers doivent souvent acheter plusieurs billets séparés et organiser eux-mêmes leurs correspondances, un procédé à la fois chronophage et coûteux. Sur certaines plateformes indépendantes, les prix peuvent atteindre jusqu’à six fois ceux pratiqués par les opérateurs aériens.

Vers un système européen unifié?

Autre difficulté: sur plus de la moitié des liaisons étudiées, les compagnies ferroviaires n’affichent pas les offres de leurs concurrents. Sur la ligne Madrid–Barcelone, les billets proposés par Ouigo et Iryo sont jusqu’à un tiers moins chers que ceux de Renfe, sans pour autant apparaître sur le site de la compagnie espagnole. En France, plus de la moitié des voyageurs ne connaissent pas Renfe, et 68% n’en ont jamais entendu parler. Un système qui rend de fait invisibles certaines alternatives plus écologiques.

Des améliorations sont toutefois en préparation. Pour faire du train une véritable alternative à l’avion, la Commission européenne envisage la mise en place d’un système de billetterie unifié. L’objectif est de faciliter les trajets transfrontaliers grâce à des standards communs et à une meilleure protection des consommateurs. En attendant, de nombreux voyageurs restent confrontés à un véritable casse-tête au moment de réserver – et choisissent encore l’avion pour leurs vacances, malgré la crise du kérosène.

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