Le rejet de l'initiative sur la neutralité est la chronique d'une défaite annoncée, estiment les médias suisses. Ce refus renforce la position du Conseil fédéral et fragilise celle de Christoph Blocher.
Pour la NZZ, ce vote constitue une «débâcle pour Blocher», alors que «La Liberté» parle de «résultat sans appel». «La magistrale baffe que le peuple suisse a infligée ce dimanche au patriarche UDC est une manière de lui signifier de demeurer dorénavant dans sa tanière dorée», ajoute le quotidien fribourgeois.
Les journaux alémaniques du groupe Tamedia voient également dans le résultat de dimanche une «défaite personnelle» pour «la figure de proue de l'UDC, Christoph Blocher» qui n'a même pas réussi à convaincre son propre camp.
Cette votation, avec son verdict sans appel, pourrait s'avérer contre-productive pour l'UDC. Les électeurs se sont prononcés en faveur d'une Suisse intégrée dans le réseau international, «qui prend position lorsque le droit international – et donc ses valeurs fondamentales – est bafoué».
Questions de valeurs
Pour «La Liberté», les citoyens ont démontré leur attachement aux valeurs qui constituent notre identité nationale. En matière sécuritaire, la Confédération suit une voie pragmatique lui permettant de nouer des collaborations avec des partenaires pour assurer sa protection et aussi de reprendre des sanctions contre une puissance comme la Russie qui s'est engagée dans une guerre d'agression au mépris du droit international. Il est dans son intérêt de pouvoir poursuivre de la sorte, ajoute le journal.
Pour les journaux du groupe CH-Media, l'initiative a eu le mérite d'interroger et de susciter un «débat engagé». Le non de la Suisse à une interprétation stricte de la neutralité constitue en fin de compte un signal clair adressé à l'Europe. Bien que le pays reste neutre, «il adhère aux valeurs du continent».
De son côté, la «NZZ» estime que le peuple a rejeté une neutralité rigide, ancrée dans la Constitution, et l'a considérée comme un «instrument flexible, parfois opportuniste», permettant de guider la Suisse à travers des périodes difficiles.
La «Tribune de Genève» et «24 heures» parlent eux aussi de neutralité «opportuniste», à l'opposé de la vision «ultrarigide gravée dans le marbre, hors du camp occidental» prônée par les initiants.
Transition dans le clan Blocher
Le portail alémanique watson relève toutefois que le «non», aussi justifié soit-il, ne fait pas l'unanimité. «Au vu de ce résultat sans équivoque, le reste du monde peut se demander si la Suisse est encore neutre», écrit-il.
Blick évoque quant à lui «une transition progressive” pour s'éloigner du patriarche. Le mot d'ordre n'était pas seulement “tous contre l'UDC”, mais “tous contre Blocher”. La prochaine étape portera sur le dossier encore plus crucial de l'Union européenne, qui sera vraisemblablement confié à sa fille, Magdalena Martullo-Blocher, selon le quotidien alémanique.