Le commentaire de Myret Zaki
Initiative 12%: en période de stagnation, la solidarité c'est non

En période de stagnation économique, les Vaudois ont moins envie d'être solidaires et responsables fiscalement, alors ils votent oui à l'initiative 12%, même si les 270 millions qu'elle coûte seront pris sur le social, l'éducation et la santé. Le commentaire de Myret Zaki.
En période de stagnation économique, les Vaudois ont eu moins envie d'être solidaires, estime notre journaliste Myret Zaki.
Photo: BLICK
DSC03380.png
Myret ZakiJournaliste Blick

Les Vaudois(es) disent finalement un grand oui à l'initiative dite des 12%, qui veut baisser l'impôt cantonal sur le revenu et la fortune. La promesse était que ce serait Noël pour tout le monde, et la population l'a volontiers crue.

Et ce, même si la baisse de l'impôt sur la fortune ne concernera que 30% des Vaudois, et que 80% de la baisse sur le revenu profitera aux 20% les plus riches du canton. C'est une sacrée victoire pour la droite et les milieux économiques, la population n'ayant pas suivi le refus du Grand conseil, même après une baisse de 7% de l'impôt sur le revenu.

Comment expliquer cela? Le contexte économique vaudois y est pour beaucoup: les années de boom sont terminées. Quand les citoyens ont l'impression que le gâteau rétrécit, ils prennent tout ce qu'ils peuvent prendre, même quand ils ont déjà beaucoup. On n'est plus dans la redistribution des surplus. Le canton traverse une phase de quasi-stagnation, après avoir habitué sa population à une quinzaine d'années de croissance ininterrompue.

En période de croissance, les contribuables sont gracieux, prêts à redistribuer quelques points de leurs gains supplémentaires. Durant le boom des Trente Glorieuses, nous avons eu cette grande idée de redistribuer en prenant aux plus riches pour donner aux pauvres. Or c'étaient alors des impôts pris sur la croissance. Si l'on vous dit que allez avoir 100 de plus, mais que si vous êtes un peu solidaire vous n'aurez que 80 de plus, beaucoup disent oui.

C'est la fin des solidarités

Redistribuer une partie de la croissance, oui. Mais en période de stagnation économique, toucher au capital, c'est non. Un cadre sup Vaudois est pragmatique: il se dit que Vaud est l’un des cantons les plus fiscalisés de Suisse pour les personnes physiques, surtout pour certains revenus et patrimoines. Alors il vote pour l'initiative, estimant qu' «ils peuvent bien se permettre ce cadeau».

Ce n'est pas nouveau. Depuis quelques années, les classes moyennes supérieures et les hauts revenus vaudois se révoltent et le disent haut et fort. Alors, c'est la fin des solidarités.

Quant aux 70% des Vaudois qui n'ont pas de fortune? Certains se disent qu'ils hériteront un jour. Mais la plupart des autres se disent qu'ils préfèrent grappiller quelques centaines ou milliers de francs de plus par année, peu importe si les plus aisés gagnent encore davantage. Mais tout le monde sacrifie quelque chose.

Car l’acceptation de l’initiative coûtera 272 millions de francs supplémentaires par an aux caisses de l'Etat. Pour la droite, pas de problème: la doctrine selon laquelle il faut baisser les charges au lieu de préserver les recettes devient l'argument massue, sur Vaud comme à Genève. Or on sait aux dépens de quoi se feront les coupes: du social, de l'éducation, et de la santé. La gauche n'aura pas réussi à sensibiliser sur ce point une population trop inquiète de son pouvoir d'achat. Celle-ci, vulnérable, subit il faut le dire une inflation rampante, des loyers en hausse et des primes maladie qui flambent, au point de préférer sacrifier le futur pour quelques gains à court terme.

Car en attendant, entendre «Baisse d'impôts 'pour tous' – Redonner du pouvoir d'achat à la 'classe moyenne'» cela sonne si agréablement aux oreilles des portemonnaies endoloris.

Articles les plus lus