Dimanche matin, gare de Berne. «Attendez, j’ai la monnaie», dit une retraitée qui fouille son porte-monnaie au moment d'acheter son billet de loterie dans un kiosque. Derrière elle, les clients qui font la file semblent de plus en plus impatients.
Le 8 mars, la Suisse se prononcera sur l’inscription des pièces et des billets dans la Constitution. Mais une question se pose, et ce quel que soit le résultat du scrutin à venir: combien nous coûte réellement l’argent liquide?
Selon une étude de la Banque nationale suisse, l’accès au cash via les distributeurs automatiques ou les guichets bancaires coûte chaque année entre 640 et 880 millions de francs, un montant qui inclut la gestion des succursales bancaires et des bancomats, ainsi que les frais d’assurance et de transport.
Des succursales coûteuses
La part la plus élevée, soit 350 à 490 millions de francs, est liée aux succursales bancaires, et notamment à leur personnel, dont les frais constituent une grande partie du coût global. A titre de comparaison, l'exploitation des seuls distributeurs automatiques coûte entre 230 et 290 millions de francs par an, précise l’étude.
Le retrait d'argent liquide donne lieu à des écarts similaires. Lorsqu’une grand-mère glisse un billet de dix francs à son petit-fils, le geste lui coûte environ deux francs si l’argent provient d’un distributeur. En revanche, un retrait au guichet entraîne des coûts compris entre 17 et 25 francs. Une différence qui s’explique par un nombre plus faible de transactions et des opérations nettement plus exigeantes en termes de main-d’œuvre, souligne la BNS.
Plus de 30 millions pour les billets de banque
A cela s’ajoutent les coûts de fabrication des pièces et des billets. Selon la BNS, produire un billet revient en moyenne à environ 40 centimes. La fabrication des billets coûte ainsi près de 36 millions de francs par an. Pour les pièces, les coûts varient selon leur valeur. En 2024, la production d’une pièce de cinq centimes s’élevait à 3,8 centimes, tandis que la fabrication d'une pièce de cinq francs coûtait près de 50 centimes.
Au total, environ 5,9 milliards de pièces étaient en circulation en mars 2024, pour une valeur totale de 3,35 milliards de francs. Leur production représentait, elle, une dépense annuelle d’environ six millions de francs. Que ce soit au kiosque ou au supermarché, chaque moyen de paiement a aussi un coût pour les commerçants. Le stockage sécurisé des espèces est contraignant, tandis que les paiements par carte ou par smartphone génèrent des commissions.
«Les magasins préfèrent le cash», explique Dagmar Jenni, directrice de Swiss Retail Federation, la faîtière des détaillants suisse Elle s’appuie sur plusieurs enquêtes récentes, dont une de la BNS. «C’est aussi le moyen de paiement le plus universel qui, en l'absence de carte, est accessible même aux personnes sensibles à la protection des données.» Les commerçants y trouvent également leur compte: «Le cash est la solution la moins coûteuse pour les magasins, comme l’a montré une étude de la Deutsche Bundesbank.»
Ces coûts liés à l’argent liquide subsisteront après le vote du 8 mars. L’initiative n’entraîne en effet aucun changement concret. Elle vise uniquement à inscrire dans la Constitution la disponibilité du cash et la garantie du franc comme monnaie suisse. Le Conseil fédéral et le Parlement partagent l’objectif, mais privilégient une autre formulation. Quant aux files d’attente au kiosque, elles devraient rester inchangées.