Les cliquetis et les frottements dans la poche du pantalon se font de plus en plus rares. A la caisse, nous sortons désormais plus volontiers notre smartphone ou une carte de crédit. Le 8 mars 2026, les électeurs suisses se prononceront sur l'initiative sur l'argent liquide. Voici l'essentiel à savoir.
Que souhaite cette initiative?
L'initiative demande que la Constitution précise que la Confédération doit garantir une mise à disposition suffisante de pièces et de billets.
Que veut le contre-projet?
Le Conseil fédéral et le Parlement soutiennent le principe, mais jugent le texte trop imprécis. Leur contre-projet vise à inscrire dans la Constitution que le franc reste la monnaie suisse et que la Banque nationale suisse assure l'approvisionnement en espèces. Il s'agit donc de constitutionnaliser ce qui est déjà réglé aujourd'hui au niveau de la loi.
Quelle est la différence?
Elle tient à des subtilités juridiques. L'initiative mentionne explicitement les pièces et les billets, tandis que le contre-projet parle d'«argent liquide». Cette formulation dérange les initiants du Mouvement libertaire suisse, fondé durant la pandémie de Covid-19 et déjà à l'origine de l'initiative contre la vaccination obligatoire, largement rejetée dans les urnes.
Selon le mouvement et son président Richard Koller, la notion d'«argent liquide» serait trop vague, car elle pourrait inclure des formes numériques. Ils rappellent aussi que la Banque nationale ne peut pas légiférer: seule la Confédération en a la compétence.
Pour la première fois depuis longtemps, les citoyens devront se prononcer dans une votation fédérale avec question subsidiaire, afin d'indiquer s'ils préfèrent l'initiative ou le contre-projet dans l'hypothèse où les deux seraient acceptés.
Qu'est-ce qui changera après la votation?
A vrai dire, rien. Quel que soit le résultat, il restera possible de payer par carte de crédit, smartphone ou avec une pièce de cinq francs.
Dans ce cas, pourquoi cette initiative?
Ses partisans craignent que l'argent liquide ne disparaisse progressivement. Les billets et les pièces ne sont pourtant pas dépassés: «ils sont tenaces», estime le conseiller national Roland Rino Büchel, de l'Union démocratique du centre (UDC).
Pour sa collègue de parti Vroni Thalmann-Bieri, l'argent liquide est un véritable outil de travail. Il constitue «la forme la plus simple et la plus compréhensible pour gérer son argent et maîtriser son budget».
Qui s'oppose au projet?
Une large majorité du Parlement et le Conseil fédéral soutiennent le contre-projet. La campagne devrait toutefois rester discrète. La ministre des Finances Karin Keller-Sutter a rappelé lors des débats que le Conseil fédéral reconnaît l'importance de l'argent liquide, mais que sa garantie est déjà inscrite dans la loi. «Le contre-projet direct permet de répondre de manière plus précise aux demandes de l'initiative et de les intégrer dans des dispositions juridiques éprouvées», a-t-elle expliqué.
Qui utilise encore de l'argent liquide?
L'Université de Saint-Gall et la ZHAW analysent régulièrement les habitudes de paiement. En août 2025, leurs travaux montraient qu'en Suisse, on paie le plus souvent avec des appareils mobiles comme le téléphone ou une montre. En revanche, pour les achats effectués directement en magasin, l'argent liquide reste le moyen de paiement le plus utilisé.
Une personne sur six n'a toutefois plus d'espèces dans son porte-monnaie. Dans le même temps, plus de 70% de la population voit d'un mauvais œil une suppression de l'argent liquide. «Cela montre que, pour une part croissante de la population, l'argent liquide perd de l'importance comme moyen de paiement quotidien, mais reste apprécié comme alternative disponible et pour la conservation de la valeur», explique Tobias Trütsch, de l'Université de Saint-Gall.
Certaines entreprises de transport, comme la BLS dans le canton de Berne, souhaitent renoncer aux paiements en espèces aux distributeurs de billets, ce qui leur permettrait d'économiser environ 400'000 francs par an. Les CFF testent déjà des automates sans argent liquide à Fribourg et à Olten (SO). Enfin, face à la multiplication des restaurants qui refusent les espèces, plusieurs cantons ont vu émerger des interventions politiques sur le sujet.