Un «but contre son camp de la droite»
Le rejet de l'initiative sur la neutralité fait le tour de la presse étrangère

Le rejet de l’initiative sur la neutralité suisse fait réagir la presse internationale. Les médias russes, européens et britanniques analysent le vote, l’avenir des relations avec l’Europe et le rôle de Christoph Blocher dans la campagne.
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L'initiative sur la neutralité a été rejetée. Cette nouvelle suscite également l'intérêt des médias internationaux.
Photo: keystone-sda.ch
Janic Urech et Tobias Bruggmann

La Suisse se prononce et la Russie observe attentivement. Dès le lancement de cette campagne référendaire, les médias de cette grande puissance avaient manifesté un intérêt particulier pour le sujet. Le résultat est désormais connu, et la déception palpable.

Le portail d'information russe Russia Today annonce avec une déception mesurée le rejet de la proposition. Il attribue cette défaite à la stratégie de campagne des partisans du «oui»: «Au lieu de toucher de nouveaux électeurs, ils ont misé fortement sur les médias classiques et les relations publiques traditionnelles.» Le portail du Kremlin avait d'ailleurs donné des conseils en amont pour la campagne référendaire.

Blocher au centre de l'attention

Mais le résultat suisse ne suscite pas seulement l'intérêt en Russie. «Neutre, mais pas trop», ironise le média français 20 minutes. Le quotidien britannique «The Guardian», lui, évoque un soulagement pour l'Europe, qui aurait actuellement elle-même du mal à soutenir de manière unanime les sanctions contre la Russie.

Le «Financial Times» britannique souligne pour sa part l'importance du résultat pour l'économie suisse. Pour les grandes entreprises suisses, sensiblement dépendantes des marchés internationaux, il s'agissait d'une manière pragmatique de se rallier aux sanctions contre la Russie.

Christoph Blocher, qui a largement influencé l'initiative, a également retenu l'attention des médias internationaux. Le journal espagnol «El País» parle du «patriarche de l'UDC», tandis que l'agence Bloomberg s'intéresse aux millions que Blocher a investis dans la campagne référendaire.

Le «non» à l’initiative, un «oui» à l’Europe

Le journal italien «La Repubblica» évoque pour sa part un revers pour la droite. Selon lui, ce résultat confirmerait le rapprochement progressif de Berne avec l'Europe. Reste à voir si cette tendance se manifestera lors du débat sur l'UE qui débute lundi.

En Allemagne, «Der Spiegel» a annoncé le «non» à l'initiative sur la neutralité dans une dépêche. Peu après, le magazine a publié un commentaire intitulé «Autogoal de la droite». Son auteur met en garde contre le risque que le rejet de l'initiative soit interprété comme un «non» à la neutralité. Les pays occidentaux pourraient désormais attendre de la Suisse qu'elle prenne clairement position.

A la veille du scrutin, la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» a publié une interview de l'historien suisse Sacha Zala. «La Suisse souffre du syndrome d'Astérix. Nous nous considérons comme un petit village gaulois et la neutralité comme une potion magique qui nous confère protection et force», a-t-il déclaré.

L'agence de presse internationale Reuters a, elle, relayé la décision suisse dans le monde entier. Pour analyser plus précisément le résultat, elle cite le politologue Fabio Wasserfallen, de l'Université de Berne: «Les électeurs suisses sont en principe favorables aux sanctions contre la Russie en raison de la guerre en Ukraine et ne souhaitent pas que cela change.» La dépêche de Reuters a ensuite été reprise par plusieurs autres médias.

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