Echec de l'initiative neutralité
Georges Martin, ex-ambassadeur: «Nous allons vers une adhésion rampante à l'OTAN»

La Suisse va entrer toujours plus dans l'orbite de l'OTAN, prédit l'ancien ambassadeur Georges Martin, qui analyse pour Blick les causes et conséquences du rejet massif de l'initiative pour la neutralité.
L'ex-ambassadeur Georges Martin déplore l'interprétation faite de l'initiative sur la neutralité.
Photo: BLICK

L'initiative «Sauvegarder la neutralité suisse» est balayée à 70% par la population. Les électeurs ont très largement rejeté la définition rigide de la neutralité. Entre une neutralité flexible et une neutralité juridiquement verrouillée, leur choix s'est massivement porté sur la seconde option, celle du statu quo et de la latitude d'action dont dispose actuellement la Suisse.

«Un débat pour ou contre Poutine»

Très vite interprété comme un vote 'pour ou contre des sanctions contre la Russie, ou 'pour ou contre Blocher', le débat a éludé les importantes questions de fond qu'il posait», déplore Georges Martin, ancien ambassadeur, et auteur en 2024 de ses mémoires «Une vie au service de mon pays, plaidoyer pour une Suisse neutre, active et respectée».

Lancée par Pro Suisse et des membres de l'UDC dont l'initiateur du texte Christoph Blocher, l'initiative exigeait que la Suisse n'adhère à aucune alliance militaire ou de défense, ne participe pas aux guerres étrangères et ne prenne pas de sanctions économiques ou diplomatiques contre un Etat belligérant, sous réserve de ses obligations envers l'ONU.

«En axant uniquement le débat sur des figures repoussoir, les opposants à l'initiative n'ont pas permis aux Suisses d'avoir une véritable réflexion sur la neutralité qu'on veut pour le pays, et le débat leur a été volé en quelque sorte», regrette l'ancien diplomate qui milite pour une neutralité stricte et une politique suisse indépendante de l'Otan.

Etre ou ne pas être neutre, c'était la question

Le véritable choix sur lequel les Suisses devaient voter, selon lui, c'était le choix entre «ne plus avoir de neutralité et avoir de nouveau une neutralité». Georges Martin en est sûr: «le sujet va revenir sur la table, lorsqu'il deviendra clair pour les Suisses qu'aux yeux du monde, nous ne sommes tout simplement plus neutres».

A présent, craint l'ex-ambassadeur, les Suisses, même s'ils se déclarent à 85% attachés à la neutralité au sens large, dans les sondages, seront toujours davantage entraînés dans l'orbite de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord). «Il faut dire que 56% des personnes sondées en Suisse sont favorables à un rapprochement avec l’Otan», reconnaît-il.

Mais de là dire que 70% des Suisses qui ont rejeté l'initiative sont pro-atlantistes, Georges Martin n'y croit pas. Il estime plutôt que le Conseil fédéral a joué un grand rôle dans ce qu'il qualifie de mécompréhension des enjeux de ce vote par les Suisses: «M. Cassis sait très bien qu'il a menti de A jusqu'à Z en disant que la neutralité suisse se porte très bien aujourd'hui. Car il n'y a plus de neutralité.»

Son pronostic pour la suite? «Certains disent qu'on ne veut pas adhérer à l'Otan. Mais ce qui se passe concrètement, c'est qu'on se rapproche tous les jours de l'Otan». Georges Martin cite le livre du journaliste alémanique Rafael Lutz, «Das NATO-Netzwerk in der Schweiz»: «Son livre révèle l'expansion très importante en Suisse des réseaux pro-Otaniens; cette idée ne cesse de progresser en Suisse, se propageant à travers les think tanks et jusque dans l'administration fédérale». Le scénario d'avenir pour le diplomate? «La Suisse poursuivra une adhésion rampante, souterraine à l'OTAN, même si c'est sans franchir l'ultime étape. Mais ce sera tout comme. A mon sens, c'est ce qui va inévitablement se passer».

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