Une «taxe à selfie»?
Face au surtourisme, une commune suisse veut faire casquer ses visiteurs

Pour maîtriser l’afflux touristique, Lauterbrunnen (BE) envisage un droit d’entrée au Staubbachhubel. Inspirée par Iseltwald, la commune espère mieux gérer les visiteurs tout en protégeant son patrimoine naturel.
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La commune de Lauterbrunnen, dans l'Oberland bernois, offre un cadre magnifique.
Photo: Shutterstock
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Nathalie Benn

Le tourisme est la principale source de revenus de l'Oberland bernois. Rien d'étonnant: la beauté naturelle de la région, avec ses prairies verdoyantes, ses falaises imposantes et ses lacs de montagne pittoresques, attire chaque année des milliers de visiteurs, étrangers et locaux. Mais cette quiétude est perturbée par certains touristes qui ne respectent pas les règles, s'aventurent dans les jardins privés ou laissent derrière eux des amas de déchets, au grand dam des habitants. 

En réponse à cette situation, plusieurs communes du canton de Berne ont déjà pris des mesures, mais plus récemment, celle de Lauterbrunnen (BE) a prévu d'instaurer un droit d'entrée pour admirer les célèbres chutes de Staubbach, selon le portail «Plattform J». Une nouveauté si vous souhaitez contempler de près cette cascade qui plonge d'environ 297 mètres depuis le ruisseau Staubbach dans la vallée de Lauterbrunnen.

Le Staubbachhubel se situe au pied des chutes de Staubbach. Cette colline appartient à la commune, a rappelé le maire Karl Näpflin à «Plattform J». En revanche, le rocher est la propriété du canton. Un sentier d'une dizaine de minutes mène à la célèbre cascade, et cet accès sera bientôt payant. La commune a déjà commandé une expertise géologique pour poser des filets de protection sur la paroi rocheuse, selon Karl Näpflin. «Le projet est en cours. Dès que les filets de protection seront installés, un droit d'entrée pourra être instauré.» Si tout se déroule comme prévu, le maire compte soumettre la question au vote début 2027. Le montant du droit d'entrée n'est pas encore fixé.

Une solution lucrative?

Cependant, un problème demeure: celui des touristes adeptes des selfies. Selon Karl Näpflin, ce type de visiteurs agace les locaux. Ils se massent sur la route autour d'un site très prisé pour les photos au cœur de la vallée, bloquant la circulation. De plus, ils repartent souvent aussitôt après avoir pris le cliché parfait. Résultat: ils ne génèrent quasiment aucun revenu pour la communauté. «Il n'y a vraiment qu'un seul endroit d'où l'on peut profiter de la vue pittoresque. Mais il est extrêmement fréquenté. Beaucoup de gens s'attardent longuement au lieu de simplement prendre une photo», déplore un avis Google. 

Pour mieux gérer l'afflux touristique, les régions voisines ont déjà réagi. Depuis plusieurs années, Iseltwald (BE), située à quelques kilomètres seulement, est envahie, principalement par des touristes asiatiques. La raison? La série coréenne Netflix «Crash Landing on You», dont une scène d'amour dramatique a été tournée sur un ponton du lac de Brienz en 2019. Pour freiner cet afflux, Iseltwald a trouvé une solution simple et lucrative en 2023: un tourniquet où les visiteurs doivent insérer cinq francs pour accéder au ponton. En 2024, cette «taxe sur les selfies» a rapporté la coquette somme de 244'000 francs dans les caisses de ce village de 400 habitants. 

Enfin, depuis 2025, une autre attraction près de Lauterbrunnen nécessite une réservation: toute personne souhaitant emprunter le téléphérique de Kandersteg (BE) jusqu’au lac d’Oeschinen doit réserver un créneau horaire. Les visiteurs doivent indiquer à l’avance la date et la durée de leur visite au lac de montagne.

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