Le chef de l'armée, Benedikt Roos, a mis en garde contre des formations de drones d'origine inconnue survolant un site militaire suisse. L'endroit exact reste inconnu. Et le silence radio du Département fédéral de la Défense ne fait qu'alimenter les rumeurs.
Ce incident n'est pas un cas isolé: à Meiringen (BE), où seront stationnés les futurs avions de combat F-35, des drones d'origine inconnue ont aussi été aperçus à plusieurs reprises. Ce site est extrêmement sensible, au vu de l'intérêt militaire qu'il représente pour des puissances militaires telles que la Russie ou la Chine.
Cible des agents russes
Mais selon un haut responsable de l’armée, Benedikt Roos ne faisait pas référence à ces deux incidents. Il se référait à une formation de drones, qui aurait espionné un laboratoire spécialisé dans les menaces nucléaires, biologiques et chimiques, à Spiez (BE).
Ce laboratoire est une cible stratégique, considéré comme un acteur clé dans la lutte mondiale contre les armes chimiques. En effet, lors de l'empoisonnement à l’agent neurotoxique de Salisbury en 2018 contre le double agent Sergueï Skripal et sa fille, des experts de Spiez avaient participé à l’analyse. Le laboratoire bernois avait aussi été impliqué dans l’enquête sur les attaques au gaz toxique menées par le régime de Bachar al-Assad en Syrie. Cela explique pourquoi l'institution est dans le collimateur de la Russie.
Le talon d’Achille de la défense nationale
Interrogé par Blick, le chef du Département fédéral de la défense (DDPS), Martin Pfister, n’a ni confirmé ni infirmé que des formations de drones avaient bel et bien espionné le laboratoire de Spiez. «L’Office fédéral de la police joue un rôle de coordination en ce qui concerne les observations de drones. Il facilite aussi l’échange d’informations entre les autorités concernées en Suisse et à l’étranger», explique un porte-parole de Fedpol.
Cet incident met en lumière le talon d'Achille de la Suisse: l’absence de défense contre les drones. La Suisse souffre non seulement d'un manque d'équipements, mais aussi d'un cadre légal insuffisant. En effet, à ce jour, il n’existe aucune obligation d’identification électronique dans l’espace aérien. L'identité des pilotes de drones reste donc souvent inconnue. Une situation d'autant plus problématique que le nombre d’exploitants de drones enregistrés a presque doublé au cours des deux dernières années, passant de 67'200 fin 2023 à 124'000 fin 2025 – soit une hausse de 85%.
Confusion des compétences
La Suisse souhaite emboîter le pas de l'Union européenne (UE), qui s'apprête à renforcer les règles. La nouvelle directrice de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) milite pour un durcissement de la réglementation au niveau national. «Nous souhaitons que tous les utilisateurs de l’espace aérien soient identifiés numériquement, afin que l’aviation – avec et sans pilote – dispose d’une vue d'ensemble sur la situation. Notre objectif est d’identifier à temps les risques potentiels pour la sécurité», explique à Blick Francine Zimmermann. Un projet qui ne sera efficace qu'à condition que les parties prenantes coopèrent. «Ceux qui utilisent des drones à des fins malveillantes ne se laisseront pas arrêter par des règles.»
Des zones d'ombre subsistent également en matière de compétences: qui doit intervenir lorsqu’un drone suspect apparaît? La police, l’armée, Skyguide? Quelle autorité est chargée de le neutraliser? La directrice de l’OFAC reconnaît que la répartition des responsabilités reste flou: «La question de savoir comment traiter les aéronefs sans pilote non identifiables et quelles autorités sont compétentes pour prendre des mesures de défense est actuellement examinée dans le cadre d’un groupe de travail interdépartemental de la Confédération.»