Entrepreneur vaudois à la retraite, Jean-Marc Probst est sur le point de s’envoler pour la Thaïlande, où il procédera à la publication officielle du Petit Prince en pali, langue des moines bouddhistes. A 70 ans, il en a financé la traduction, la relecture et l’impression. Chercher des langues dans lesquelles «Le Petit Prince» de Saint-Exupéry n’a pas encore été traduit est sa passion. Depuis des années, il est le plus grand collectionneur du livre le plus traduit dans le monde, après les textes religieux. Rien qu’en Suisse il existe dans presque tous les dialectes, de même qu’en romanche. Chaque année, il s’écoule à 6 millions d’exemplaires.
Tout a commencé à l’internat, quand un professeur a offert ce livre au jeune Jean-Marc, âgé de 15 ans, lui glissant: «Ça va te plaire!» Pour Jean-Marc Probst, ce livre est devenu une sorte de «bible pour la vie». L’histoire? Celle d’un pilote qui s’écrase en plein désert, tente de réparer son moteur et reçoit la visite du Petit Prince. Celui-ci vient d’une minuscule planète et ne répond pas aux questions. «Qu’est-ce que tu fais là?» demande le pilote. «S’il vous plaît... dessine-moi un mouton», répond l’enfant aux cheveux blonds. Pas de réponses, juste des questions.
En Suisse romande, on s’en souvient: à 25 ans, Jean-Marc Probst a participé à la populaire émission télévisée «La course autour du monde», qui envoyait de jeunes reporters autour du globe. «Je me trouvais à Tokyo, se souvient-il. Le Petit Prince était en quelque sorte mon livre de chevet. Un jour, dans une vitrine, surpris, je vois une édition japonaise. C’est le déclic. Je me suis alors mis à chercher de nouvelles versions à chaque escale. J’ai aussi sollicité mes amis, je leur confiais des missions. Cela s’est fait assez lentement, jusqu’au moment où internet est arrivé.» Voyageant beaucoup pour son travail, il s’est renseigné partout pour trouver des éditions du Petit Prince. Quand il ne trouvait pas de version locale, il organisait lui-même la publication dans l’idiome correspondant.
Aujourd’hui, tous ces livres sont à admirer au Musée Le Petit Prince et son univers du Palais Besenval, à Soleure, au bord de l’Aar. Jean-Marc Probst en a confié l’aménagement à des muséographes de Paris. La visite est conçue de sorte que même les enfants soient heureux de venir. L’immense bibliothèque avec les éditions du best-seller mondial attire les regards.
Le collectionneur vit aujourd’hui avec sa femme dans un appartement de Soleure. «Je n’ai jamais acheté de villa, de chalet ou de maison au bord de la mer.» Le Petit Prince lui a ôté toute envie de luxe, lui enseignant que les hommes ne savent pas saisir l’essentiel et ne sont souvent que vaniteux et matérialistes. «Celui qui lit ce livre a tendance à agir complètement différemment... Plus humainement, avec le cœur», explique-t-il. Il cite les paroles du renard au Petit Prince: «C’est très simple, on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.»
PDG et propriétaire d’une entreprise qui importe des engins de construction, Jean-Marc Probst a essayé de vivre selon les principes du Petit Prince. Il a hérité de l’entreprise de son père à Crissier (VD), l’a longtemps dirigée avec succès et l’a désormais transmise à ses enfants. «Ils le feront mieux que moi», rit-il. Là encore, l’influence du Petit Prince transparaît: avoir confiance, tout va bien se passer.
Le musée est aussi dédié à la vie d’Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944). Dès 1921, celui-ci fut pilote pendant son service militaire, puis, à partir de 1926, il achemina le courrier aérien pour l’Aéropostale, de Toulouse à Saint-Louis, au Sénégal. L’auteur a décrit ses aventures dans des romans tels que Vol de nuit, Courrier sud ou Terre des hommes. En 1939, il reprend du service pour l’armée. Quand les nazis occupent la France, il est réformé. Il émigre aux Etats-Unis, où il essaie d’inciter le gouvernement à s’engager dans la guerre.
650 langues
Le livre «Le Petit Prince» est compris et aimé dans le monde entier.
10 000 livres
Le nombre d’éditions différentes de son livre préféré que Jean-Marc Probst a rassemblées. C’est à 15 ans qu’il a reçu son premier «Petit Prince».
1942 L’exil
Antoine de Saint-Exupéry a écrit son livre culte à Long Island, aux Etats-Unis. Il le qualifie lui-même de «conte pour enfants».
650 langues
Le livre «Le Petit Prince» est compris et aimé dans le monde entier.
10 000 livres
Le nombre d’éditions différentes de son livre préféré que Jean-Marc Probst a rassemblées. C’est à 15 ans qu’il a reçu son premier «Petit Prince».
1942 L’exil
Antoine de Saint-Exupéry a écrit son livre culte à Long Island, aux Etats-Unis. Il le qualifie lui-même de «conte pour enfants».
Son éditeur le supplie alors d’écrire un livre pour enfants. Il se retire avec sa femme, l’artiste peintre salvadorienne Consuelo, rencontrée à Buenos Aires en 1931. L’amour qu’il lui porte l’inspire: le Petit Prince tombe amoureux d’une rose attirante, mais fière et jamais satisfaite. Il la protège et la soigne, tout en souhaitant en être aimé. On le devine: Antoine et Consuelo ont eu un mariage du genre mouvementé.
En 1943, Saint-Exupéry effectue, depuis la Corse, des missions de reconnaissance pour les Français jusqu’à ce qu’il soit abattu par un Messerschmitt allemand, le 31 juillet 1944. Le pilote allemand Horst Rippert déclara plus tard que, s’il avait su, il aurait laissé passer l’avion. Il était en effet un lecteur passionné des livres d’aviation de Saint-Exupéry. En 1998, près de Marseille, un pêcheur remonta dans son filet une gourmette au nom de l’écrivain. Deux ans plus tard, un plongeur retrouva l’épave de son avion.
Saint-Exupéry a écrit Le Petit Prince à New York et l’a lui-même illustré, mais il n’a pas vécu sa première publication. Il a dédié le livre à Léon Werth, le «meilleur ami que j’ai au monde», non sans s’excuser auprès des enfants de le dédicacer à un adulte. Néanmoins, il a précisé qu’il a «dédié ce livre à l’enfant qu’a été autrefois cette grande personne». Car «toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent».
Jusqu’au 7 juin, le Musée Bolle, à Morges (VD), célèbre «Le Petit Prince». Jean-Marc Probst, qui a prêté quelques-unes de ses publications, y donnera une conférence le 29 avril.
Jusqu’au 7 juin, le Musée Bolle, à Morges (VD), célèbre «Le Petit Prince». Jean-Marc Probst, qui a prêté quelques-unes de ses publications, y donnera une conférence le 29 avril.
Cet article a été publié initialement dans le n°16 de «L'illustré», paru en kiosque le 16 avril 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°16 de «L'illustré», paru en kiosque le 16 avril 2026.