Ils font partie des habitants les plus riches du pays, sont de sexe masculin et tiennent le monde politique suisse en haleine depuis des mois. Le nombre de super-riches suisses qui donnent le ton dans des dossiers politiques centraux est élevé.
Ainsi, ce sont six dirigeants suisses de haut rang qui ont négocié dans le Bureau ovale avec le président américain Donald Trump et qui ont permis une avancée sur l’accord douanier. Parmi eux, l’entrepreneur Alfred Gantner, Daniel Jaeggi, cofondateur du géant genevois des matières premières Mercuria, et Johann Rupert, président du groupe de produits de luxe Richemont, figurent sur la liste des 300 plus riches. La famille d’armateurs Aponte est également impliquée: Diego Aponte n’était certes pas lui-même dans le Bureau ovale, mais il était impliqué de manière déterminante dans les préparatifs de la rencontre.
Une poignée d’entrepreneurs donnent également le ton sur le deuxième sujet récurrent de politique étrangère: les traités européens. Les trois fondateurs de la société d’investissement Partners Group, Alfred Gantner, Urs Wietlisbach et Marcel Erni, sont à l’origine de l’initiative «Boussole Europe», qui fait campagne contre les traités européens. Au Parlement, deux milliardaires croisent également le fer sur le dossier européen: Simon Michel, patron d’Ypsomed, est considéré comme le chef des partisans du traité alors que Magdalena Martullo-Blocher se bat contre.
Des agendas idéologiques
Tirer les ficelles tels des marionnettistes de l'ombre? Très peu pour ces entrepreneurs qui n'hésitent pas à se placer sous le feu des projecteurs politiques.
«C’est une nouvelle tendance», affirme le politologue Michael Hermann. «Autrefois, il y avait de riches mécènes qui se considéraient au service de la société – on s’engageait par exemple dans des fondations caritatives. Aujourd’hui, les super-riches interviennent directement dans la politique pour poursuivre leurs propres agendas idéologiques. C’est fortement inspiré par des modèles américains comme Elon Musk ou Peter Thiel». Selon lui, l’accumulation d’une richesse incroyable associée à une présence médiatique permet d'intervenir sur des thèmes politiques et d’exercer une influence.
Peser sur la politique intérieure
Ce phénomène s’observe également en politique intérieure. Peter Spuhler, patron de Stadler Rail, se bat avec une forte présence médiatique contre l’initiative de la Jeunesse socialiste (JS) qui veut taxer à 50% les héritages de plus de 50 millions de francs. Willy Michel, qui a fondé l’entreprise de technologie médicale Ypsomed, a récemment annoncé qu'il déménagerait en cas d’acceptation de l’initiative.
Michael Hermann souligne toutefois que l’initiative de la JS concerne directement les super-riches et qu’ils se sont donc déjà engagés contre cette dernière par le passé. Il y a néanmoins eu un changement de culture: «Avant, on essayait plutôt de cacher sa fortune. Aujourd’hui, on a tendance à souligner son importance».
Economiesuisse sous pression
Des milliardaires qui veulent peser sur la politique, qui mettent leurs propres préoccupations à l’ordre du jour: ce phénomène met également sous pression les associations classiques comme Economiesuisse. Dans le cas de l’accord douanier, elles restent à l’écart, dans le cas des accords avec l’UE, l’association doit se battre contre des entrepreneurs.
«Autrefois, Economiesuisse pouvait dominer en tant que voix de l’économie», explique Michael Hermann. «Aujourd’hui, c’est devenu plus difficile: la parenthèse d’intérêts communs a éclaté, l’économie est devenue plurielle». Le poids politique d’Economiesuisse s’éroderait ainsi peu à peu.