Quitte à y mettre le prix, le Conseil fédéral tient à lancer sa propre application. Le gouvernement compte consacrer 3,5 millions de francs à ce nouveau canal de communication, destiné à réduire la dépendance de la Confédération envers les géants de la tech comme Meta ou X. Le mandat a été attribué cette semaine à l’agence bernoise Apps with love, avec l'objectif d'achever sa mission à la mi-2027. Si personne ne vient mettre des bâtons dans les roues.
L’idée est née pendant la pandémie de coronavirus. A l’époque, le Conseil fédéral devait communiquer presque quotidiennement et avait constaté combien il pouvait être difficile d’atteindre un large public en Suisse. Avec cette nouvelle application, il souhaite donc pouvoir informer directement la population, sans passer par Facebook, Instagram ou X. Mais une question se pose: quelqu’un, en dehors du gouvernement, a-t-il vraiment envie d'installer une application du Conseil fédéral?
Monopole de l'information
Selon une étude de gfs.bern, la réponse est oui. Réalisée en 2022 à la demande de la Chancellerie fédérale, elle concluait qu’environ 70% de la population serait intéressée par cette idée. Le projet suscite toutefois déjà des critiques au niveau politique. Dans les rangs de l’Union démocratique du centre (UDC), le projet suscite une vive opposition.
Le conseiller national Rémy Wyssmann qualifie notamment l’application d’«instrument de propagande» du Conseil fédéral. L’élu UDC redoute un renforcement du pouvoir de l’exécutif, lequel souhaite selon lui s’arroger le monopole de l’information. Dans une démocratie, estime-t-il, ce sont les médias qui doivent informer la population de manière indépendante sur les décisions gouvernementales, et non les autorités elles-mêmes. «L’information fournie par le Conseil fédéral n’est jamais indépendante», affirme-t-il.
Un défi de taille
L’objectif de l’application est justement de rassembler les informations provenant du Conseil fédéral et de l’administration fédérale, puis de les diffuser de manière personnalisée. La Confédération souhaite pouvoir atteindre directement la population en cas de crise. Il s'agit également de pouvoir informer de manière fiable pour contrer les campagnes de désinformation.
Selon l’étude de gfs.bern, un peu plus de cinq millions de personnes en Suisse pourraient être des utilisateurs potentiels. Reste un défi de taille: les convaincre de télécharger l’application, de l’installer, puis de l’utiliser régulièrement.
Un montant qui semble élevé
L’application ne devrait toutefois pas produire beaucoup de nouveaux contenus. Elle sera principalement alimentée par des informations que les services de communication de l’administration fédérale produisent déjà pour d’autres canaux. Selon la Chancellerie fédérale, aucun poste supplémentaire ne sera nécessaire pour la faire fonctionner. Dans ce contexte, le montant de 3,5 millions de francs peut sembler élevé à première vue.
Pour Philip Schönholzer, expert en applications mobiles, ce budget n'a rien de démuesuré. «Pour un projet de cette complexité, avec de telles exigences de sécurité, c’est un montant corerct», estime le cofondateur de la société lucernoise Apptiva AG, développeur d’applications expérimenté et reconnu. Les 3,5 millions de francs ne couvrent pas seulement le développement de l’application. Ils incluent aussi l’assistance et les améliorations prévues sur dix ans. Pour une infrastructure appelée à fonctionner aussi en temps de crise, l’investissement est conséquent.
L’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL) assure que le mandat a été attribué à Apps with love, tout simplement parce que le développeur bernois a formulé l’offre la plus avantageuse. L’entreprise aurait également convaincu, selon les termes de l’office, par sa «grande motivation». Trois offres ont été déposées au total. L'attribution n'est toutefois pas encore définitive. Selon la Chancellerie fédérale, le développement de l’application doit débuter au second semestre. Sa mise en service est prévue pour la mi-2027.