En bref
- Avec la guerre en Iran, les destinations proches du Moyen-Orient sont délaissées par les Suisses au profit de l'Europe de l'Ouest, jugée plus stable et accessible.
- Certaines destinations sûres comme Chypre ou l'Egypte sont pourtant boudées malgré leur calme sur place. Ces pays deviennent de bonnes affaires pour les voyageurs.
- Deux agences de voyages suisses recommandent également les Balkans pour des vacances abordables.
Le climat international tendu s’invite jusque dans les projets d’été des Suisses. Entre conflits au Moyen-Orient, hausse du prix du kérosène et incidents sécuritaires, les habitudes changent. «Nous observons une certaine réticence à l'égard des destinations géographiquement proches du Proche-Orient», explique à Blick Dertour, un groupe de tourisme suisse dont fait partie Kuoni, Hotelplan ou encore Migros Vacances.
Le géant du voyage, qui se décrit comme «leader sur le marché suisse», constate un virage net: cap sur l’ouest de l’Europe, jugé «facilement accessible et stable» dans un contexte marqué par les tensions entre l’Iran, les Etats-Unis, Israël et le Liban. Résultat: certaines destinations estivales, pourtant prisées, sont désormais délaissées. Blick fait le point sur les lieux de vacances où se rendre sans vider son porte-monnaie, tout en étant dans un lieu sécurisé.
Les prix s'envolent
Depuis le 28 février, date du début des tensions entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël, Dertour observe un «net déplacement» des voyageurs vers l’Espagne, l’Italie, la France, le Portugal ou encore Malte. Une ruée qui fait grimper les prix, tant pour les hôtels que pour les billets d’avion.
En toile de fond, la fermeture du détroit d’Ormuz pèse sur le coût du kérosène et renchérit le transport aérien. Dertour reste toutefois mesuré et évite de parler de crise: «Ces effets s'amplifient surtout là où la demande est forte et la capacité limitée. La situation reste toutefois dynamique.»
A Lausanne, L’Atelier du voyage, qui compte plus de 5000 clients, évoque auprès de Blick des vols annulés par les compagnies aériennes à cause de la hausse des coûts. Les agences doivent parfois revoir des séjours à la dernière minute. «Nous trouvons toujours des solutions. Mais en été, c'est parfois plus compliqué, car il y a beaucoup de monde», explique sa directrice, Valbone Hohxa.
Elle met en garde: mieux vaut éviter les hôtels et les billets d'avion non remboursables lorsque cela est possible. «Il y a un peu plus de changements cette année que d'habitude.» Autre tendance due à l'incertitude: certains clients préfèrent reporter leurs voyages en Asie à l'année prochaine. Malgré quelques destinations en plein boom, les réservations globales accusent un léger recul.
Des destinations sûres... mais boudées
Paradoxalement, certaines destinations considérées comme sûres sont délaissées. C’est le cas de l’Egypte, de Chypre ou encore de la Turquie. «Ces pays restent fondamentalement des destinations sûres et attrayantes, mais sont actuellement boudés par une partie des voyageurs», souligne Sara Vidal de Dertour.
L'Atelier du voyage a également constaté un ralentissement début mars pour la Grèce. Mais pour l'agence de voyage vaudoise, le creux semble derrière. En ce qui concerne Chypre, les clients ont souvent préféré annuler. Un incident sur l'île a marqué les esprits: le 2 mars, un drone a visé une base britannique. Une première dans l’Union européenne depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran.
Pourtant, sur place, la situation reste calme. «Des clients sont allés à Pâques à Chypre et en Egypte. Ils nous ont dit que tout s'était très bien passé et qu'ils n'avaient eu aucun problème», assure Valbone Hohxa. Ces destinations se profilent alors comme des alternatives intéressantes et plus abordables face à l’envolée des prix en Espagne ou en Italie.
Encore plus séduisants
Pour un rapport qualité-prix encore plus attractif, Dertour recommande les Balkans avec notamment l'Albanie, le Monténégro ou encore la Bulgarie. «Les régions moins fréquentées, telles que les petites îles grecques ou certaines parties de la Turquie, constituent également des alternatives intéressantes», ajoutent-ils.
Même son de cloche pour L'Atelier du voyage qui recommande également le Monténégro ou encore la Croatie. «Peu importe où on va en Europe, on est en sécurité», relativise la directrice.
Une autre option séduit de plus en plus: le train. Plus écologique, il permet de rejoindre rapidement Lyon, Parme, Anvers ou le nord de l’Allemagne.
La montée des coolcation
Nouvelle tendance forte: les coolcations. Comprendre: partir au nord pour éviter la chaleur et les foules. Norvège, Islande ou Ecosse attirent, notamment avec des événements rares comme une éclipse prévue le 12 août. Un rendez-vous à ne pas manquer pour les amoureux d'astronomie.
A l'inverse, pour celles et ceux qui préfèrent prolonger l'été afin de profiter d'un automne doux, l'Afrique du Nord présente des options attrayantes... à quelques heures seulement d'avion. Entre balade dans les Jardins Secrets de la médina au Maroc en passant par l'amphithéâtre tunisien d'El Djem ou encore les mines d'émeraudes de Wadi Al Gamal en Egypte... il y en a pour tous les goûts.
Et si on restait en Suisse?
Face aux incertitudes, le tourisme local reprend des couleurs. Suisse Tourisme pousse cette année la campagne «Cap sur les lieux magiques». Quinze sites à travers le pays sont mis en avant. L’objectif est de redécouvrir un patrimoine parfois méconnu et encourager les voyages de proximité. Une alternative à la fois écologique, économique… et rassurante.