«Personne ne s'intéresse à ces gens»
Plus de 100 campeurs permanents doivent quitter leur paradis tessinois

Au camping Riarena, à Cugnasco, 110 campeurs permanents devront quitter leurs emplacements d'ici au 18 octobre. Le gérant Stefan Berner dénonce une évacuation nécessaire aux travaux de rénovation, mais qui laisse les campeurs sans solution concrète.
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Le camping Riarena, situé à Cugnasco (TI), compte 210 emplacements.
Photo: DR
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Nathalie Benn

Au camping Riarena, dans le petit village tessinois de Cugnasco, la saison estivale bat son plein. Les caravanes sont alignées les unes contre les autres, devant des parasols et des chaises en plastique. A quelques mètres, deux piscines complètent le décor. Mais derrière cette apparente idylle du sud de la Suisse, l'ambiance est morose. Stefan Berner, le gérant du camping, est à bout de nerfs.

Depuis dix ans, ce natif d'Argovie accueille et prend en charge «ses» 110 campeurs permanents. Certains sont là depuis des décennies. «L'un d'entre eux a plus de 90 ans et vient ici depuis plus de 60 ans», raconte le quadragénaire à Blick.

Mais tous devront quitter leur emplacement d'ici à la fin de la saison, le 18 octobre. La raison: Stefan Berner a décidé de ne pas renouveler son bail. La nouvelle exploitante prévoit d'importants travaux de rénovation, avec notamment la transformation du restaurant et de la réception, ainsi que la construction de nouveaux hébergements. Pour mener ces travaux, le site de 32'000 mètres carrés doit être entièrement libéré. Le journal «laRegione» avait déjà fait état de cette évacuation.

Des questions, des inquiétudes et beaucoup de frustration

Pour de nombreux campeurs permanents, l'évacuation pose un problème concret. «Certaines caravanes n'ont plus circulé sur la voie publique depuis des années, certaines ne sont même plus en état de rouler», explique Stefan Berner. Ceux qui ne disposent pas d'une solution provisoire pour stationner leur caravane pourraient donc devoir la faire déplacer à leurs frais, voire la faire mettre à la casse.

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Que des personnes qui viennent ici parfois depuis des décennies se retrouvent du jour au lendemain confrontées à une telle situation, cela me met en colère
Stefan Berner, gérant du camping Riarena
»

Début août, Stefan Berner a informé ses clients de leur évacuation. «Ça n'a pas été facile», se souvient-il. Depuis, je suis confronté quotidiennement aux questions, aux inquiétudes et aussi à la colère des clients.»

Le gérant se dit particulièrement peiné par l'inquiétude des campeurs permanents, dont il se sent responsable. Mais il est lui-même en colère face à la situation. Selon lui, les travaux auraient pu être réalisés sans évacuer l'ensemble du site. 

«A mon avis, on aurait pu trouver un moyen de mener les travaux par étapes et de donner au moins plus de temps aux clients, dit-il. Mais la nouvelle exploitante ne le veut pas. Personne ne s'intéresse à ces gens, ils doivent simplement disparaître. Que des personnes qui viennent ici parfois depuis des décennies se retrouvent du jour au lendemain confrontées à une telle situation, cela me met en colère.»

Le nouveau camping sera nettement plus cher

Certes, la nouvelle gérante a évoqué une solution provisoire dans un autre camping qu'elle exploite, ainsi qu'un éventuel retour ultérieur à Cugnasco. Mais, pour l'heure, rien n'est concret. «Mais à ce jour, à ma connaissance, aucun de nos clients en emplacement permanent ou saisonnier n'a reçu d'offre ferme pour un futur emplacement au Riarena», précise Stefan Berner. Aucune offre concrète n'a non plus été formulée pour la solution provisoire. La future gérante n'a pas pu être jointe pour commenter la situation.

Un éventuel retour au Riarena pourrait par ailleurs coûter cher aux campeurs. Dans un e-mail adressé à Stefan Berner, dont Blick a pris connaissance, la future exploitante annonce qu'elle élaborera un nouveau règlement ainsi qu'un formulaire de candidature pour les emplacements saisonniers. Le règlement sera «strict et restrictif» «afin de garantir l'ordre et la propreté». Elle prévient également que «cela entraînera certainement une augmentation des coûts». Lors d'un entretien avec Stefan Berner, elle aurait évoqué une hausse d'environ 2000 francs du loyer saisonnier, soit 47%.

Le départ du gérant lui-même aura aussi un coût. La nouvelle exploitante veut reprendre le site vide et ne souhaite pas racheter l'ensemble de son inventaire. «C'est bien sûr son choix entrepreneurial», reconnaît Stefan Berner. Il estime toutefois à 350'000 francs la valeur des équipements, constructions, véhicules et infrastructures numériques.

Il cherche désormais à vendre séparément le maximum de ses biens. «Je serai déjà content si je n'ai pas à jeter les tables et les chaises du restaurant», dit-il. Après dix ans, le chapitre du Riarena se termine donc pour Stefan Berner. Pour les campeurs permanents, en revanche, une question reste entière: pourront-ils un jour retrouver leur emplacement à Cugnasco?

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