Et 200 francs à payer en prime
On lui retire son bleu qu'elle a perdu il y a des décennies

Installée en Australie depuis plus de quarante ans, Katharina Müller pensait simplement rendre visite à sa famille en Suisse. Mais à son arrivée à Zurich, cette retraitée a découvert qu’elle était recherchée pour une affaire liée à un permis de conduire perdu depuis des décennies.
Katharina Müller s’est vu retirer son permis de conduire en Suisse. Elle n’y vit plus depuis 1980.
Photo: Sebastan Babic
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Sebastian Babic

«Mais là, c'est vraiment de l’excès de bureaucratie dans toute sa splendeur», lance en riant Katharina Müller pour résumer sa mésaventure survenue à l'aéroport de Zurich. Comme l'a expliqué la retraitée à Blick, elle venait d’apprendre que son permis de conduire suisse, qu'elle n'a plus depuis belle lurette, va lui être retiré. Et qu'elle va devoir payer.

Deux points rendent cette situation absurde: cette Suissesse de 76 ans a perdu son bleu il y a des décennies et ne vit plus dans notre pays depuis 1980. Installée à Perth, en Australie, elle conduit depuis longtemps avec un permis australien.

«J’ai trouvé cela étrange»

Katharina Müller est actuellement de passage dans son pays natal pour rendre visite à sa famille. Mais son retour en Suisse a pris une tournure inattendue dès son arrivée à l’aéroport de Zurich. «Je suis arrivée au contrôle des passeports sans me douter de rien», raconte-t-elle. «La première chose que l’agent m’a demandée, c’était mon permis de conduire suisse. Je n’avais absolument aucune idée de ce qu’il me voulait.» La retraitée n’a plus conduit en Suisse depuis près de quarante ans. «Cela ne pouvait donc pas être une amende impayée.»

Alors que la file d’attente s’allongeait derrière elle, un autre agent est venu la chercher pour l’emmener dans une zone à l'écart. «Même lui ne savait pas vraiment de quoi il s’agissait», dit-elle.

Après quelques vérifications, l’agent est revenu avec une explication: lorsqu’elle a quitté la Suisse en 1980, elle ne se serait pas correctement annoncée auprès des autorités compétentes. «J’ai trouvé cela étrange. Toutes les autres autorités suisses avec lesquelles j’ai eu affaire connaissaient mon adresse actuelle.»

Une démarche à 200 francs

Après avoir communiqué sa «nouvelle» adresse, Katharina Müller a reçu une lettre de quatre pages du Service des automobiles de Zurich. Le courrier l’informait que son permis de conduire suisse était révoqué. Motif: elle n’avait pas fourni de certificat médical attestant de son aptitude à conduire.

En Suisse, cet examen est obligatoire dès 75 ans et doit être renouvelé tous les deux ans. «En Australie, c’est différent», explique la retraitée. Là-bas, une règle comparable existe, mais seulement à partir de 80 ans. «En plus, j’aurais dû renvoyer mon permis immédiatement. Le seul problème, c’est que je l’ai perdu il y a des décennies!», sourit-elle.

Pour éviter que cette affaire n’ait des conséquences sur son permis australien, Katharina Müller doit désormais restituer officiellement son permis suisse. La démarche devrait en outre lui coûter 200 francs.

Elle refuse catégoriquement de payer. «Ce n’est pas parce que le Service des automobiles s’est emmêlé les pinceaux et n’a pas retrouvé mon adresse que je vais verser un seul centime.» Le montant n’est pas le problème, assure-t-elle: «Même si c’était 50 francs, je refuserais. C’est une question de principe.» Elle ne veut pas payer pour les erreurs des autres.

«Nous pouvons émettre un mandat d’arrêt»

Depuis l’épisode de l’aéroport, Katharina Müller dit ne plus avoir eu de nouvelles du Service des automobiles. «J’ai l’impression qu’ils se contentent de faire le minimum. Tout est informatisé: on appuie sur un bouton et le courrier part. Mais personne ne se demande ce qui s’est vraiment passé.»

Comment cette procédure a-t-elle pu être déclenchée? Sollicité par Blick, le Service des automobiles de Zurich n’a répondu que de manière générale, pour des raisons de protection des données: «Nous envoyons le courrier à la dernière adresse connue. Si le courrier ne peut pas être distribué, nous pouvons émettre un mandat d’arrêt.»

C’est manifestement ce qui est arrivé à Katharina Müller. Elle préfère en rire: «Il ne faut pas s’énerver pour des choses pareilles, il faut profiter de la vie. Mais quand la bureaucratie se met en marche, il faut aussi savoir se défendre.»

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