Le National s'est prononcé sur les violences faites aux femmes et aux enfants. Il a accepté, par 128 voix contre 65, une motion de Jacqueline de Quattro (PLR/VD) qui demande d'inscrire la notion de contrôle coercitif dans la législation suisse. Il s'agit du contrôle psychologique exercé par les agresseurs avant de passer à l'acte dans les cas de violence domestique.
Ce comportement de manipulation est réel et produit des effets graves. En 2024, 2084 enfants ont été pris en charge pour coups et violences, a rappelé la Vaudoise. Le Conseil fédéral était contre. Le terme n'est pas assez précis pour pouvoir être inscrit dans le code pénal et le code civil, a déclaré Beat Jans. Sans succès.
Traquer les trucages IA
Les conseillers nationaux ont aussi validé la motion de Raphaël Mahaim (Vert-e-s/VD) visant à obliger les fournisseurs d'IA d'évaluer leur contenu avant publication afin d'éviter la mise en ligne d'images dégradantes.
«Il n'est jamais acceptable de déshabiller un enfant, et cela vaut aussi sur le plan virtuel», a déclaré le Vaudois. Il déplore la multiplication des «deep fakes» à travers le monde. La Suisse doit suivre la voie de l'UE et plus particulièrement de l'Allemagne, qui prennent déjà des mesures pour contrer le phénomène. Le National a dans la foulée approuvé un postulat de Céline Weber (PVL/VD) demandant de renforcer la lutte contre le blanchiment d'argent.
Masculinisme bien ancré
Ces décisions interviennent alors qu'une étude publiée mardi met en lumière un terreau préoccupant. En Suisse, l'idée d'une masculinité fondée sur la domination reste passablement répandue. Le phénomène touche particulièrement les jeunes hommes. Près d'un tiers d'entre eux adhèrent à cette image de la masculinité, indique une étude l'Université de Zurich (UZH) et de l'association mencare/männer.ch, publiée mardi.
Les chercheurs ont mené une enquête auprès de plus de 6000 personnes âgées de 18 à 64 ans. Celles-ci ont été interrogées sur leurs attitudes liées à la masculinité et au genre, ainsi que sur leurs opinions concernant la famille, le couple, la sexualité et les expériences de violence, indique l'UZH dans un communiqué.
L'étude décortique le degré d'identification des sondés au «facteur M». Ce facteur désigne un ensemble d'attitudes regroupant différentes conceptions restrictives de la masculinité et des relations entre les sexes. Les personnes qui adhèrent à cette vision considèrent que la vraie masculinité est menacée dans la société.
Le concept est associé à des prétentions de supériorité masculine, une propension à la violence, à la misogynie, au mépris des minorités sexuelles et au rejet de l'égalité, explique le directeur de l'étude Denis Ribeaud, du Jacobs Center for Productive Youth Development de l'UZH, cité dans le communiqué.
Les résultats de l'étude montrent que 20% des hommes interrogés et 7% des femmes sondées font partie du groupe présentant des valeurs élevées de «facteur M». Ce facteur est très répandu chez les plus jeunes. On y trouve un tiers des hommes de 18 à 24 ans. Il est par ailleurs plus présent en Suisse alémanique qu'en Suisse latine.
Facteurs socio-culturels
Les hommes ayant un faible niveau de formation, un statut professionnel modeste et de faibles revenus sont plus exposés à se reconnaître dans une masculinité basée sur la domination. A l'inverse, plus le niveau de formation est élevé, plus les valeurs du «facteur M» sont faibles, souligne l'UZH.
Des différences culturelles ont aussi été observées. Ainsi, les hommes dont le père est né hors de Suisse et a grandi dans un contexte plus patriarcal, présentent des valeurs de «facteur M» plus élevées. Chez ces gens, les normes égalitaires occidentales sont moins bien intégrées ou font l'objet d'une plus grande méfiance.
Des valeurs élevées du «facteur M» s'accompagnent d'une probabilité accrue de vivre selon une répartition «traditionnelle» des tâches au sein de la famille et du couple. D'après ce schéma, les femmes assument l'essentiel du travail ménager et les hommes sont généralement les seuls à apporter un revenu au foyer.
Prévention
Avoir une vision restrictive de la masculinité se conjugue aussi avec un risque plus élevé de violence au sein du couple. «Tans les hommes que les femmes présentant des valeurs élevées du facteur M déclarent plus souvent avoir exercé de la violence au sein de leur couple, mais aussi d'en avoir été victimes», note Denis Ribeaud.
Selon les chercheurs, un moyen de prévenir la diffusion d'une masculinité fondée sur la domination et l'inégalité des sexes serait d'aborder la question très tôt à l'école. Il faudrait transmettre le message qu'il n'existe pas qu'une seule «bonne» forme de masculinité et que celle-ci peut se construire de différentes façons.